Google – La Martinière : le village gaulois résistera-t-il encore longtemps?

C’était l’actu de la semaine dernière : le tribunal de grande instance de Paris a rendu vendredi 18 décembre son verdict dans le litige qui opposait Google à la Martinière. Google a été condamné à verser 300 000 euros de dommages et intérêts au groupe La Martinière pour “contrefaçon” et a été interdit de “continuer à numériser des ouvrages sans l’autorisation explicite des éditeurs”. La cour a estimé qu’”en reproduisant intégralement et en rendant accessibles des extraits d’ouvrages, la société Google a commis des actes de contrefaçon de droits d’auteur au préjudice des éditions du Seuil, Delachaux & Niestlé et Harry N. Abrams”.
Du côté de la Martinière, il s’agit assurément d’”une grande victoire”, bien que les 300 000 euros de dommages et intérêts soient loin des 15 millions initialement demandés. Néanmoins on peut légitimement se poser la question de la pertinence de la cible visée par les éditeurs. Faut-il réellement se lancer corps et âme dans un combat incessant contre la numérisation par Google des ouvrages ? Comme le fait justement remarquer Hubert Guillaud, du blog LaFeuille et rédacteur d’InternetActu, le problème que pose Google n’est pas tant la numérisation mais bel et bien l’indexation. “Si l’édition numérique ne nous permet pas d’adresser et conquérir de nouveaux publics, alors la numérisation ne sert à rien”.
Aussi plutôt que de gaspiller de l’énergie et de l’argent dans des procès interminables, les maisons d’éditions ne feraient-elles pas mieux de négocier avec Google des conditions particulières pour numériser/diffuser leurs ouvrages. Plutôt que de s’opposer à une firme qui réalise aujourd’hui un chiffre d’affaire de près de 21 milliards de dollars quand les 12 principaux groupes d’éditions français représentent ensemble 5 millards d’euros, ne serait-il pas plus avantageux de chercher à avancer main dans la main avec le géant de Mountain View ? de profiter de son dynamisme, de sa croissance, de sa connaissance du monde numérique pour évoluer et s’ouvrir à de nouveaux marchés ?
Hubert Guillaud nous rappelle que “pour Google : les livres ne sont qu’une part de son écosystème, qui va de la communication personnelle, au document personnel, jusqu’au web et au commerce local, pour y intégrer en plus la connaissance“. Quelle que soit la position des différents acteurs, Google continuera d’avancer et prépare déjà avec Google Editions une solution pour s’émanciper des éditeurs réfractaires.
La question est donc simple : faut-il réellement s’affranchir de Google et prendre le risque de se retrouver isolé, alors même que celui-ci se propose de supporter la transition vers le marché numérique des maisons d’éditions.
La réponse peut bien évidemment être oui. Mais dans ce cas, il est réellement temps d’envisager une alliance stratégique entre les différents groupes d’éditions français pour pouvoir peser véritablement face à Google. A la façon d’un consortium Conde Nast/ Times Inc/Hearst, ce serait une façon de mutualiser les coûts de numérisation, de développement, de diffusion et de proposer enfin aux lecteurs une offre numérique qualitativement, quantitativement et financièrement intéressante.
En revanche s’opposer seul à Google, c’est un peu se prendre pour Astérix et Obelix contre César, à la différence près que les irrésistibles Gaulois n’ont cette fois-çi plus de potion magique…
Sources : Livres Hebdo / Le Monde / La Feuille















Le problème c’est que les éditeurs n’arrivent pas à percevoir que leur métier consiste à vendre du savoir ou de la littérature et aucunement du papier. S’ils continuent ils se trouveront dans la même impasse que les majors du disque qui plutôt que de vendre de la musique pensent que leur métier est de vendre des galettes de plastique…
C’est terrible d’être aussi myope sur son propre métier.
Google n’a pas le droit d’agir ainsi, c’est du vol. Tout le monde n’est pas prêt à tout céder à Google et c’est une bonne chose.
heu… il me semble que l’ensemble des éditeurs français étaient derrière la Martinière et le SNE pour ce procès google. Si le programme google livres a réussi à quelque chose depuis son lancement, c’est bien d’unir les éditeurs… contre lui! Au grand dam de ces éditeurs qui préféreraient discuter avec google autour d’une table plutôt qu’au tribunal. Mais bon quand Google-César veut imposer la soumission par la force de ses armées (d’avocats), il faut bien que les gaulois prennent les armes. La potion magique c’est le respect du droit, tant que les romains ne l’auront pas compris ils échoueront face à nos valeureux éditeurs!
Faire front commun contre Google au cours d’un procès c’est bien. Mais créer en réaction un consortium ou passer des accords de coopération entre maisons d’éditions c’est mieux.
A vrai dire ce qui m’inquiète c’est l’atomisation des acteurs et de leur offre face aux géants du Net.
Plutôt que de reprendre les erreurs de l’industrie de la musique, et que chaque maison d’édition crée sa propre boutique, ne serait-il pas plus avantageux tant pour les éditeurs que les consommateurs, de développer un portail commun de sorte que les clients n’aient pas à passer de site en site pour récupérer leurs livres.
C’est aujourd’hui la grande force d’Amazon ou de iTunes, et bientôt Google = rassembler plusieurs catalogues/éditeurs sur un même site. A la différence près qu’un portail mutualisé et géré directement par les maisons d’éditions permettrait d’éviter le partage de revenu avec iTunes & co
Comme le dit Hervé de la Martinière : « Chacun marque son territoire, avant de se rejoindre » (http://tinyurl.com/yabjvmc).
Outre les négociations en cours entre les groupes d’édition, il est d’ores et déjà possible de brancher les tuyaux des principaux diffuseurs (eden, e-plateforme numilog et immateriel) pour présenter une seule et belle offre. Voir le travail remarquable de la librairie Dialogues par exemple. Ce portail commun existe déjà, il sera loin d’être unique et c’est tant mieux.