France : Le livre numérique ne fait pas recette… pour l’instant

lapremierenuit-marclevy
Que se passe-t-il lorsqu’un auteur vedette sort un livre aux Etats-Unis? Certains éditeurs se posent la question suivante : est-ce que la version numérique ne va pas venir cannibaliser les ventes de la version papier? Réflexion propre à la période de transition dans laquelle nous nous trouvons, un tel débat n’a pas encore lieu en France.

Si l’existence d’un marché du livre électronique aux Etats-Unis est une chose indéniable, la situation est bien différente en France. La sortie simultanée en papier et en numérique du dernier roman de Marc Levy, La première nuit, tiré à 400 000 exemplaires, n’a pas rencontré le succès en numérique. En effet, le Nouvel Observateur a annoncé dans ses colonnes que la version numérique de l’écrivain français s’est vendue à… 140 exemplaires ! Par rapport à l’opération médiatique engagée pour la promotion du livre, le résultat est décevant.

Comment peut-on expliquer ce chiffre? Plusieurs éléments peuvent l’expliquer et confirme le fait que le marché français du livre électronique est encore à bâtir. Tout d’abord, la faiblesse du parc existant de readers. En effet, le nombre de readers epapers en circulation en France est assez limité. Aucun chiffres officiels existent mais on peut estimer le parc actuel entre 20 000 et 30 000 appareils, toutes marques confondues. Alors que le marché américain atteint presque les deux millions d’unités après un dernier trimestre de ventes historiques, le marché français n’est pas arrivé à maturité. On peut aussi déplorer l’existence d’un “reader star” comme le Kindle qui a réussi, aux Etats-Unis, à attirer l’attention des médias sur la lecture numérique, comme l’avait fait l’iPod à son époque.

Deux autres éléments sont aussi reconnus comme limitant le développement du marché français : le prix des ebooks et les DRM. Quoiqu’on en dise, les prix sont encore trop élevés. Il est difficile de faire comprendre au consommateur d’acheter un livre numérique à un prix plus proche de livre papier que des prix numériques qui ont été atteints sur d’autres produits culturels comme la musique et la vidéo. La pérennité d’un ebook n’est pas aussi sûre que celle d’un livre papier. L’existence de DRM est un obstacle complémentaire. Comme s’assurer qu’un fichier ePub protégés par des DRM Adobe sera lisible dans quelques années? On passera également sur le fait que l’utilisateur néophyte devra lire quelques pages d’instructions d’utilisations pour comprendre comme installer un ebook sur son reader. Et cela sans même envisager les conditions d’utilisations du fichier qui surprendrait plus d’une association de consommateurs.

Paradoxalement, les plateformes intégrées, comme celles d’Amazon ou de Barnes&Noble, semblent plus simples d’utilisation pour le consommateur. Chaque ebook est lisible sur les appareils compatibles avec la plateforme, l’achat étant mémorisé par les serveurs de l’entreprise, qui vous donnera accès à votre ebook même si vous l’avez effacé par mégarde de votre appareil. Les DRM individuels s’évanouissent dans la plateforme globale. Bien entendu, ces plateformes ont aussi leurs inconvénients. La bibliothèque de chaque lecteur semble à la merci du fournisseur, tant sur le plan de la suppression à distance des données que sur celui de la mémorisation des pratiques de lectures avec une visée commerciale.

L’émergence d’un marché autour de la lecture numérique est dans l’ère du temps et inévitable. En revanche, la question du chemin à suivre pour arriver à construire un modèle durable, tant sur le point de vue culturel que sur le point de vue économique, demeure encore sans réponse.

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11 Responses to “France : Le livre numérique ne fait pas recette… pour l’instant”

  • on pourrait dire aussi que le modèle choisi par les éditeurs “tradi” dans leur ensemble est une espèce de dinosaure empaillé :

    - les drm
    - le prix
    - le refus de tout modèle d’abonnement (notamment via bibliothèques)

    et deuxième point, essentiel : comment le numérique, changeant le rapport du langage au monde, pourrait s’établir sur des formes artistiques issues d’un modèle précédent ? – je doute que ce soit les objets marchands d’aujourd’hui qui émergent comme nos objets de réflexion et désir demain (la notion de “recette” me paraissant de meilleur usage dans la cuisine!)

    en tout cas, salut à vous, les découvreurs d’ebouquin, vous contribuez à mettre tout ça au net (au Net)

  • bastien quelen:

    Je pense qu’il faut aussi noté a mon avis que les possesseurs de livre électronique en France ne sont pas forcément la cible de l’auteur.
    Je doute que les gros lecteurs sont qui ont tendance à voir l’intérêt de l’investissement dans un appareil soit des fans de Levy.

  • karl:

    Quelques constats par rapport à cet article.

    * 140 exemplaires vendus sur quelle période de temps ?
    * combien de vente de la version papier sur cette même période ? (on nous donne le tirage seulement)
    * quels étaient les DRMs autour de ce livre en particulier ?
    * Dans quel format le livre était il disponible ?

    Je rejoins François Bon sur de nombreux points, nouvelle forme de création littéraire, nouveau modèle adapté à la technologie et à ses contraintes sociologiques.

    Le livre électronique ne fera peut-être jamais recette, mais la littérature électronique surement plus.

  • ari:

    Il y a encore ici beaucoup trop d’intermédiaires (éditeurs, libraires, …) pour que la lecture numérique “payante” se développe vraiment…

    Il y a peut-être une place pour des marchands de textes (metteurs en forme et avertisseurs de leur existence).

    De plus il n’y a pas encore de reader vraiment bien foutu (léger, lisible, ouvert… ) à prix correct.

    Ce ne sont pas les marchands de fonds de tiroir ou gros vendeurs de best sellers qui y changeront quelque chose.

  • ari:

    ???
    \" … et deuxième point, essentiel : comment le numérique, changeant le rapport du langage au monde, pourrait s’établir sur des formes artistiques issues d’un modèle précédent ?\"
    (voir ci-dessus, intervention de F Bon)

    Quel blabla.
    Relisez et vous comprendrez (ou non).

    Bonnes lectures (quelles qu\’elles soient)

  • Frederic:

    Le lancement du dernier livre de Marc Levy s’est accompagné chez Sony d’une communication, disons, envahissante. Toute tentative d’acheter un livre via la plate-forme Sony aboutissait sur la page présentant le dernier Levy, et rien d’autre. Je n’aime pas avoir l’impression qu’on me force la main, je ne fait pas partie des 140 acheteurs.
    Au-delà des freins au développement évoqués dans le billet, j’ajoute la pauvreté de l’offre : je lis beaucoup en anglais, et l’offre d’e-books en anglais est plus que réduite en France : les libraires en ligne français n’ont quasiment rien, les libraires anglais ou américains ne vendent pas hors de leur territoire. Aberrant de devoir envisager la mule alors que je veux acheter ces livres !

  • Frilouz:

    Je ne sais pas si le terme de “vente” est bien approprié à l’heure actuelle pour le livre numérique. En effet, il s’agit plutôt d’une licence, d’un droit de lecture, comme pour un logiciel propriétaire : Vous n’achetez pas un logiciel, mais vous payez pour avoir le droit de l’utiliser.
    Le modèle que tentent d’imposer Amazon et consorts, c’est :
    - Un liseuse spécifique
    - Un format spécifique, propriétaire et fermé
    - Des fichiers bardés de DRM
    - Une connexion permanente avec leur base de donnée

    Les conséquences en sont que :
    - Vous n’avez en effet aucune garantie que le livre numérique que vous avez “acheté” soit encore lisible dans 5, 10 ou 15 ans
    - Votre fournisseur d’accès aux livres (Amazon ou autre) connait et garde en mémoire la liste des livre que vous avez téléchargée. Comme votre liseuse est connectée à leur serveur, pour la gestion des fameuses licences, il peut également savoir les livres que vous lisez réellement, si vous y revenez régulièrement, combien de temps par jour vous activez votre liseuse …
    On vous expliquera que c’est pour votre bien, pour mieux vous connaître et vous proposer des ouvrages susceptibles de vous intéresser …
    Partant de là, soit on accepte ce système (on peut aussi lire sous une caméra de surveillance…), soit on le refuse, et on en reste au papier, ou aux formats libres et ouverts.

  • @karl, Le livre électronique ne fera peut-être jamais recette, mais la littérature électronique surement plus.

    J\’adhère totalement à ce constat

  • @karl @Jean-François tout à fait d’accord avec cette approche

  • Plus que les DRM, personnellement, ce qui me gène, c’est que l’on me prenne pour un pigeon bien gras :

    Chacun des 2 livres de Marc Levy proposés par Sony, sont facturés 15,99 € en version électronique; contre 19,95 € en version papier chez Amazon.

    4 € de différence, ça vous choque pas ? Ça voudrait donc dire que tous les frais liés au support physique ne coûtent donc à l’éditeur que 4 €. Que tout le reste serait donc de la marge brute ? woaouh !!!

    Ou alors, cela voudrait-il dire que l’on considère les possesseurs d’ eReader comme des (crétins) archi friqués sur l’on peut pressurer sans scrupules ?

    Je dis et je le répète, un livre électronique ne devrait en aucun cas coûter plus de 30-50 % du prix d’une version papier. Y compris lorsque le livre est disponible en version poche.

    Il serait intéressant, s’il y a des auteurs parmi nos lecteurs, de savoir combien touche réellement un auteur sur la vente d’un livre … et rapprocher cela du prix de vente de la version papier ou électronique.

  • Frederic:

    @Pierre-Olivier : il y a en fait 5 € d’écart car le livre papier bénéficie de la TVA réduite sur le livre alors que l’ebook paie plein pot, 18,6%. C’est ainsi que l’état nous remercie de limiter la déforestation…
    Ceci dit l’écart est encore trop faible, et il est parfois encore plus faible, voire en défaveur de l’ebook ce qui est intolérable.

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