Entretien avec les Editions Alphabet de l’Espace
Nicolas Fougerousse est le gérant de la maison d’édition Alphabet de l’Espace, créée en 2007 près de Chambéry (73). Dans la continuité de sa réflexion et de son travail sur le numérique, Nicolas nous a contacté pour nous faire part de ses idées et de ses constats concernant le livre électronique.
Nous avons souhaité offrir aux lecteurs d’eBouquin une interview complète d’un professionnel du secteur de façon à appréhender les enjeux de l’édition numérique du point de vue d’un éditeur directement confronté à ces questions.
L’entretien est composé de deux parties : une interview vidéo présentant les éditions Alphabet de l’Espace, puis une interview écrite répondant aux différentes thématiques autour du livre et de l’édition numérique.
L’intégralité du rapport est également disponible au format PDF.
- Présentation des Editions Alphabet de l’Espace
- eBouquin.fr : point de vue sur l’édition numérique & le livre électronique
ÉAE : Faisons un petit rappel historique et un rapprochement logique avec le livre de poche. Créé et choisi pour son faible encombrement et son prix bon marché, il apparaît dans les années 20 et prend réellement son essor dans les années 50. On imagine les grincements des éditeurs à l’époque : «ce format va tuer notre rentabilité», «il va asphyxier les grands formats», etc. 60 ans plus tard, le livre de poche est toujours là, les livres grand format également, ni l’un ni l’autre n’ont disparu : ils cohabitent, ils sont complémentaires. L’édition numérique et le livre électronique sont des évolutions naturelles et logiques du rapport écriture / lecture. Parchemins, incunables, éditions brochées, livres de poche, livres numériques, voici l’évolution simplifiée de l’objet-livre tel que nous le connaissons aujourd’hui. Une chose est sûre, nous sommes au tournant d’une évolution technologique majeure vis-à-vis de notre rapport au savoir, à la connaissance et au divertissement, et ce dans la continuité du réseau internet.
Je pense que les livres existeront toujours, quoi de plus simple à utiliser qu’un livre ? Mais le marché se modifie, il est en train de s’organiser pour répondre au mieux aux attentes des lecteurs, et même les devancer. Au- delà de l’édition numérique, c’est toute la chaîne du livre qui est en train d’être repensée : la création littéraire avec des textes plus courts, leur publication avec des éditeurs qui doivent de plus en plus penser nouvelles technologies, leur diffusion et distribution avec des plateformes adaptées, leur lecture sur des supports dignes de ce nom. L’émergence de l’édition communautaire (c’est le lecteur / internaute qui donne son avis, ses critiques, sur un texte) est également un axe important à prendre en compte. Cela permettrait aux éditeurs de mieux mesurer les risques qu’ils prennent en amont grâce au retour des internautes.
Le meilleur exemple, et en même temps contre-exemple, que nous pouvons suivre d’une façon générale est celui du monde de la musique qui a été bouleversé depuis 10 ans.
- eBouquin.fr : enjeux autour du prix du livre & législation

ÉAE : La chaîne du livre numérique est en train de s’organiser et d’inventer un nouveau modèle économique. En poussant à l’extrême, si les éditeurs proposaient sur leur site la vente directe de livres numériques, ils pourraient se passer des intermédiaires que sont le diffuseur / distributeur et le libraire, donc ils pourraient baisser le prix des livres numériques de façon considérable, donc toucher un public plus large. En poussant encore plus loin, qu’est-ce qui empêcherait les auteurs de proposer eux-mêmes la vente de leurs livres numériques sur leur propre site ? La question du prix et de la législation serait vite réglée. Ces tendances existent à l’heure actuelle et vont sûrement se démocratiser mais je pense qu’elles resteront minoritaires. Écrire un livre numérique est une chose, le publier en est une autre, le commercialiser et le distribuer encore une autre. Chacun de ces postes réclame des compétences.
Il ne s’agira donc pas de brader ces compétences mais de les adapter au marché internet, c’est-à-dire à la stratégie commerciale du «Give to get» (Donner pour recevoir) et de la nano-économie. Encore une fois, servons-nous de ce qui se fait dans la musique. Il vaut mieux vendre 5000 exemplaires d’un livre numérique à 9.99 €, avec des fragmentations par chapitre à 0.99€ par exemple, que 1000 exemplaires à 15€. Si le premier chapitre plaît, le lecteur achète le second, etc., avec possibilité d’acheter le livre intégral en tenant compte des achats de chapitres précédemment faits. Cela oblige aussi la création littéraire à se modifier, au risque qu’elle soit formatée, comme le sont les morceaux de musique avec des durées comprises entre 3 et 4 minutes. Quant à la législation, deux choses me paraissent primordiales : la loi du prix unique sur le livre numérique, et une tva à 5.5%. Le modèle économique doit encore se peaufiner, la règle des 70% (pour les éditeurs) / 30% (pour le diffuseur-distributeur) proposée par Apple semble gagner du terrain au point d’obliger Amazon à revoir son système de rétribution.
À partir de là, on peut faire 4 hypothèses des distributions financières au sein de la chaîne du livre. Et comme la vérité n’existe pas, elle se situe probablement dans un mix de ces 4 hypothèses distinctes :
Tout d’abord, le schéma actuel et traditionnel, avec un livre papier par exemple à 16 € ttc. Rappelons que ce schéma actuel est un schéma malade. Les auteurs dans leur majorité ne touchent que trop peu de droits d’auteur, les obligeant à avoir une autre profession à côté. Les petits éditeurs qui assurent une diversité culturelle ont tout le mal du monde à avoir une bonne présence en librairie (des petites librairies indépendantes jusqu’aux groupes Fnac, Chapitre ou Cultura). Les librairies leur demandent d’être diffusés et distribués par une structure professionnelle (donc une marge encore moindre), il faudrait alors qu’ils publient 4 fois plus d’ouvrages, d’où encore un accroissement de la surproduction littéraire. Les libraires croulent sous les offices des gros éditeurs et passent énormément de temps à faire de la gestion plutôt que de la vente de livres. Les taux de retour des libraires vers les distributeurs sont de l’ordre de 30%, ce qui engrange des coûts de transports aller, et retour, très importants. Enfin, le lecteur, lorsqu’il entre en librairie, c’est pour demander une référence précise dont il a entendu parler par la presse ou par le bouche-à-oreille, presse submergée de demandes des éditeurs pour faire parler de leurs ouvrages. Malgré tout, le système perdure, les ventes sont là, même si tout le monde ne vit pas correctement, loin de là, par rapport au travail fait.

Ensuite, l’hypothèse où l’auteur vendrait directement ses livres numériques sur son site par exemple, et vendrait chaque exemplaire du livre numérique 9.99 € ttc, pratique qui existe et qui continuera de se développer mais qui restera minoritaire, car obligeant l’internaute à aller sur le site de chaque auteur pour se constituer sa bibliothèque :

Ensuite, l’hypothèse où l’auteur confierait son travail à un éditeur, et que ce dernier le vende directement sur son site par exemple, et vendrait chaque exemplaire du livre numérique à 9.99 € ttc, pratique qui existe et qui continuera de se développer mais qui restera minoritaire, car obligeant l’internaute à aller sur le site de chaque éditeur pour se constituer sa bibliothèque :

Ensuite, l’hypothèse où l’auteur confierait son travail à un éditeur, que ce dernier fasse appel à un diffuseur / distributeur numérique type Apple iBookStore, et vendrait chaque livre numérique 9.99 € ttc, hypothèse la plus logique mais qui élimine purement et simplement les libraires / diffuseurs / distributeurs traditionnels du circuit :

Enfin, l’hypothèse où l’auteur confierait son travail à un éditeur, que ce dernier fasse appel à une plateforme commune de libraires qui assurerait la diffusion / distribution numérique, qui viendrait directement concurrencer la plateforme Apple iBookStore par exemple, et où le livre serait vendu 9,99 € ttc :

En conclusion, si le livre numérique passe au prix public de 9,99€, les marges en valeur pure, et non en pourcentage, de chacun baissent, il faudra donc compter sur une augmentation du nombre de lecteurs ou des actes d’achat des lecteurs pour compenser l’écart, ce qui est possible : un prix plus bas est forcément synonyme de plus grande accessibilité.
Les marges pures baisseraient, hormis pour l’auteur qui serait le grand gagnant de cette redistribution financière. Si l’éditeur n’était pas d’accord pour lui verser 30 % de droits, il pourrait très bien vendre ses ouvrages par son propre site, même si cette solution semblerait minoritaire, le schéma existe déjà et n’est pas forcément gagnant. Au pire, il ne toucherait que 20% de droits (l’équivalent en valeur pure de ce qu’il a actuellement), le reste irait pour l’éditeur. La plateforme commune libraires ne pourrait guère prétendre à plus de 30% de commission car elle est en concurrence directe avec ce que proposerait Apple.
- eBouquin.fr : position vis-à-vis d’Amazon, Google, Apple, Orange, etc.

ÉAE : Pour faire simple, Amazon est devenu l’un des plus gros sites de vente en ligne dans divers domaines : livres, musique, dvd, photo, image, son, jeux vidéo, jouets, décoration maison, beauté, santé, vêtements, bijouterie, etc. Google est de très loin le premier moteur de recherche internet pour le contenu web, image et texte. Apple a révolutionné l’usage de la musique à partir de 2001 avec sa gamme iPod et la plateforme iTunes. Apple a révolutionné l’usage du téléphone portable en 2008 avec l’iPhone et la plateforme AppStore. Il est évident qu’Apple va révolutionner l’usage de la lecture numérique avec l’iPad / l’iPhone et la future plateforme iBookStore. Il serait inconscient de penser le livre numérique sans ces acteurs. Sans pour autant sous-estimer le rôle des acteurs français du livre numérique et qui servent de sages régulateurs. Il faudra aussi compter sur la vente de livres numériques directement par les fournisseurs de téléphonie mobile et de box internet / téléphone / tv. En poussant le raisonnement un peu plus loin, qu’est-ce qui empêcherait Orange par exemple de venir concurrencer l’ensemble des bibliothèques et médiathèques, en proposant directement la location de livres numériques ou de presses numériques depuis l’accès internet de la box, et qui serait lisible sur la tv directement, mais aussi téléchargeable sur ordinateur, iPhone, iPad ou eReader.
- eBouquin.fr : avis sur l’iPad et les nouvelles tablettes internet
ÉAE : Jusqu’à présent, les lecteurs numériques, ou e-readers me faisaient penser à des instruments d’un autre siècle, malheureusement le précédent. Apple avec son iPad, mais aussi ce que vont annoncer Google, Microsoft, Dell, Leonovo, LG, ou d’autres qui se renouvellent comme Sony, Booken, etc., tous ces fabricants vont tout simplement révolutionner l’usage archaïque des e-readers précédents en les adaptant aux technologies actuelles : écran multi-touch, connectivité internet sans fil, écran couleur, légèreté, design, usage domestique, usage mobile, etc. Mais c’est loin d’être suffisant : les appareils, c’est bien, mais quid de la gestion des contenus ? Encore une fois, comme pour la musique, plusieurs plateformes de téléchargement de livres numériques verront le jour, certaines existent déjà, une seule réellement sortira du lot : l’iBookStore ? En attendant, les auteurs, les éditeurs et les libraires créent ou peuvent créer leu propre application pour Apple iPhone et bientôt iPad.
- ÉAE : et le lecteur dans tout ça ?

ÉAE : Tous les acteurs du livre numérique (auteurs, éditeurs, diffuseurs / distributeurs) doivent avoir les yeux tournés vers une seule personne : le lecteur. Une fois que tout aura été mis en place, que les tablettes seront effectives, que les contenus seront facilement commercialisables et facilement lisibles, c’est-à-dire courant 2010 et 2011, comment le lecteur s’y retrouvera dans la jungle des centaines de milliers de livres qui seront disponibles ? Les classifications habituelles roman / vie pratique / essais / nouvelles / poésie / BD / SF / Polar, etc. me sembleront désuètes. Hormis les professionnels de la chaîne du livre, qui est réellement intéressé par ces classifications ? De plus, lorsque vous allez sur un site qui vend des livres numériques aujourd’hui, hormis les ouvrages présents sur la page 1, voire la page 2, et sur les encarts publicitaires, qui prend le temps d’aller voir les autres pages, donc les autres livres ? C’est un peu comme si on ne présentait en librairie que les grosses ventes sur les tables et que tous les autres rayonnages disparaissaient. Quoique parfois nous n’en sommes pas loin…
La technologie du tag (ou mot-clé) paraîtrait bien plus appropriée. Elle permettrait au contenu proposé par les éditeurs de remonter vers les lecteurs par la requête de ce dernier, et non plus le contraire. Je suis lecteur, j’aimerais un livre dont les thématiques seraient l’amour, la cruauté, la beauté, et qui se passerait à New York. Il faudra alors un moteur de recherche capable de sélectionner les livres correspondant à ces critères. Et là, c’est bien sur le contenu, sur la sémantique, que le travail est considérable. Google et son moteur de recherche, Xerox et son moteur sémantique FactSpotter, Apple et le triptyque iPhone / iPad / iBookStores, cela nous promet une décennie passionnante et des usages du livre à réinventer de A à Z !
Et pourquoi pas de faire venir à la lecture d’autres publics…

















Il manque une hypothèse, celle ou l’auteur publie directement son travail sur une plateforme numérique comme celle d’Amazon ou Smashword, sans passer par un éditeur. Marge : de 70% à 85% pour l’auteur, grande visibilité.
C’est la solution en train de s’imposer aux USA pour les “petits” auteurs indépendant. Certes un pêle-mêle, mais le système de notation, les classements et le bouche à l’oreille remplacent le travail de sélection de l’éditeur.
Par ailleurs, comment faire un état des lieux du livre numérique sans citer ne serait ce qu’une fois le kindle?
Bonjour,
Oui vous avez raison, c’est une hypothèse tout à fait réaliste puisqu’elle existe déjà.
Le seul souci c’est que les e-distributeurs vont être de plus en plus fermés à ça, ils vont demander aux différents auteurs de se mutualiser de façon à ce que les e-distributeurs ne gèrent qu’un seul “compte”…
Cdlt,
NF
Quant à Amazon, oui bien sûr, il fait partie des géants avec qui il faut faire, je le cite d’ailleurs.
Mais je n’ai pas cité le Kindle, qui pour moi fait encore partie des e-readers du siècle précédent !
Bravo,
Très bonne analyse de la situation actuelle.
Merci !
N’hésitez pas si vous avez des commentaires, des questions, des suggestions, c’est une vraie discussion/débat qui peut être menée ici-même.
Cdlt,
NF
“du siècle précédent” ?
Oui malheureusement ! Non, je suis injuste, Amazon et son Kindle ont eu le mérite d’ouvrir le marché (enfin surtout aux US), ils sont donc des précurseurs, donc c’est bien. Mais quand on voit les futures tablettes internet qui vont sortir (iPad, Google, Microsoft, etc.) le kindle prend un gros coup de vieux. Mais je pense qu’ils ne vont pas en rester là…….
Après c’est toujours le même débat, qui mieux qu’une seule entité peut maîtriser la chaîne complète ? Fabricant + Operating System + logiciels + applicatifs = succès.
À Nicolas : j’adhère à tout ce que vous avez écrit, très séduit par votre approche. En revanche, du coup, je suis un peu déçu par le graphisme qui fait l’identité de votre maison d’édition (site et couvertures notamment). Vous devriez vous rapprocher d’un expert de la mise en pages d’édition comme Philippe Millot : http://images.google.fr/images?hl=fr&source=hp&q=%22philippe%20millot%22%20graphiste&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wi
Il n’a pas de site portfolio, il faut fouiller. Pour l’avoir côtoyé, c’est quelqu’un qui a un discours également très tourné vers la qualité de l’objet ET du graphisme (vous m’avez fait pensé à lui dans votre manière de vous exprimer et de présenter votre maison d’édition sur la vidéo) et je suis sûr que non seulement vous vous entendriez à merveille mais qu’en plus, vous gagneriez tous deux à travailler ensemble.
C’est juste un conseil, vous en faites ce que vous voulez.
“Le seul souci c’est que les e-distributeurs vont être de plus en plus fermés à ça, ils vont demander aux différents auteurs de se mutualiser de façon à ce que les e-distributeurs ne gèrent qu’un seul “compte”…”
Pour quoi faire? Du moment qu’une plate-forme automatisée est en place, qu’il y ait un compte ou 10 millions, pas de différences. Bien sur, seuls les auteurs à succès auront droit à un suivi personnalisé.
Pour ce qui est de l’apparence “siècle dernier” des e-readers actuels, je crois que vous vous fixez beaucoup sur la limitation du noir & blanc peut être?
Les écrans e-inks ne sont pas en couleurs, mais ils ont l’avantage d’être aujourd’hui des produits matures (toutes les nouvelles tablettes qui vont arrivés vont être des produits 1.0), qui profitent des avantages indéniables de l’e-ink en terme de confort de lecture.
Même si le parc des ereader est plus limité que celui des Iphones, leurs acheteurs sont généralement de très gros lecteurs, qui ne limitent pas leurs lectures aux derniers Brown ou Meyer. Probablement le genre de personnes que vous pourriez intéresser à vos ouvrages.
Bonjour à tous,
J’espère que vous avez passé une bonne nuit car cette journée promet !
. J’ai cherché le graphisme de couverture des ouvrages pendant pas mal de temps, fait des essais en réel, et la couverture du livre de Dominique Sampiero est le graphisme définitif pour un certain temps en tout cas. Malheureusement, je ne peux pas m’amuser à changer de graphisme à chaque publication, même si je le reconnais, son travail a l’air d’être très bon.
Alexis, je ne sais pas si tu as les premiers chiffres, ici pour l’instant c’est + 404% de visites ! C’est vrai que tout le monde est concerné par ce rapport : auteurs, éditeurs, imprimeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, lecteurs.
Christophe D., merci pour vos critiques constructives et pour l’info concernant Philippe Millot (bien vu le coup de pub !
Bonjour Leind,
Le dialogue continue et c’est bien. Pour revenir sur le Kindle, ou autres e-readers actuels, ce qui me gêne le plus c’est l’ergonomie générale : trop de boutons, fonctionnement très orienté machine et pas assez humain, le noir & blanc évidemment, après c’est sûr que les e-inks sont impeccables pour cet usage. J’avais imaginé (sur le papier) il y a quelques années en arrière un e-livre : c’est-à-dire un vrai et bon livre, avec plein de pages, et chacune des pages aurait été transformable. C’est-à-dire que depuis une connexion usb (à l’époque) ou une connexion 3G ou wifi, qu’on puisse charger des ouvrages complets, et que chacune des pages se mette automatiquement à jour, vous voyez ? On aurait pu injecter des caractères n&b, mais aussi du contenu multimédia, vidéo, son, photos, etc.
Tout les avantages des e-readers mais en gardant l’aspect “livre”. Passionnant, non ?
Cdlt,
NF
Bonjour,
Je suis un très gros lecteur. En conséquence, je suis obligé d’attendre le plus souvent la parution en livre de poche pour cause de budget.
A partir de ce moment, la donne concernant le prix du livre est donc faussée, puisque la majorité des livres en format poche coûte moins chère que les 10€ annoncés (enfin 9,99€) ; sauf les énormes pavés que j’affectionne particulièrement. On payerait donc plus cher pour quelque chose d’immatériel ; sauf à concevoir une politique de prix modulable, et dont les tarifs baisseraient lors de la commercialisation en format poche. Car de toute façon, l’édition classique n’est pas prêt de disparaître, et heureusement.
Dans tous les “nouveaux modèles” que vous décrivez, lorsqu’il est présent, c’est systématiquement l’éditeur qui se taille “la part du lion”. Pourtant, dans le schéma “classique”, que vous dites malade, celui-ci ne perçoit que 26,5 % . Et dans ce cas là, sont compris les frais d’imprimerie pour le “tout-papier”. Il reste donc 13% .Comment, dès lors où ces frais d’impressions disparaissent, justifier une telle “marge” de 34,5 à 54,5 % ? Dans tous les cas, certes, l’auteur reste gagnant, mais n’est-ce pas lui qui fournit le travail primordial ?
Je voudrais revenir sur le prix final du livre numérique. Je pense qu’un prix de 8,99€ aurait eu plus d’impact car plus éloigné du seuil symbolique des 10 € (les fameux “prix psychologiques”).
Selon moi, dès lors qu’un livre est disponible au format poche, son prix, en version électronique ne devrait en aucun cas dépasser le 50 %. Ou alors proposer une formule de réduction pour les très gros lecteurs. Ce pourrait être une formule intéressante à la fois pour le couple éditeur-distributeur, et pour les lecteurs assidus. il faudrait que ce principe soit appliqué au niveau de la plateforme de distribution, car on n’est pas forcé, en tant que lecteur d’aimer tous les livres d’un éditeur. Cela impliquerait un accord des principaux Editeurs avec la plateforme. Possédant plus de 2000 livres physiques, je retarde souvent l’achat d’une série d’un auteur. Si le prix était nettement plus bas, j’hésiterais beaucoup moins, et je pourrais me faire plaisir plus souvent. Il m’arrive de lire 2-3 livres par semaines, voire même plus si je “tombe” sur une saga qui me passionne.
Bonjour Pierre-Olivier,
Merci pour votre contribution de lecteur ! Car comme je le dis dans le rapport, tous les maillons de la chaîne du livre doivent avoir les yeux tournés vers le lecteur. Et vous expliquez très bien votre point de vue. Je vais donc essayer d’y répondre point par point.
S’il n’y avait plus DU TOUT de livres grands formats, il serait logique que le livre de poche soit plus cher que le livre numérique (équation simplifiée : livre de poche = livre numérique + impression papier). Hors comme vous le dites, si le prix du livre numérique à 9,99 € en moyenne est adopté (ce qui se pressent le plus a priori), ce sera plus cher que les livres de poche, ce qui n’est pas logique. Il faudrait donc baisser le prix des livres numériques ? Non……..ça ne fonctionne plus……les éditeurs seraient obligés d’augmenter le prix du livre de poche, plus cher que la version numérique………et là, ça ne vous satisfait pas en tant que lecteur. Donc pour résumer, soit le livre de poche existera toujours, au prix actuel, mais ne sortira que bien plus tard que l’édition grand format, ou alors il disparaîtra petit à petit au profit d’une édition numérique de poche, et qui serait peut-être 50% moins cher que l’édition numérique originale. Ce qui serait logique en somme.
Ensuite, les hypothèses émises nous montrent que l’on va vers une simplification de la chaîne du livre, puisque le diffuseur-distributeur-libraire ne formerait plus qu’une seule entité. On se retrouve grosso modo avec une règles des 3 tiers, 30% auteur, 30% éditeur, 30% diffuseur-distributeur-libraire. Et oui, la chaîne du livre actuelle est belle et bien malade, pour la vivre de l’intérieur, je vous assure que c’est vrai……..mais comme je le dis aussi, cela n’empêche pas les ventes, pour l’instant………..mais à quel prix……..
L’auteur fournit un travail primordial, mais l’éditeur a aussi un rôle important dans la création d’un livre. Personnellement, j’interviens beaucoup dans les ouvrages publiés au sein de la maison d’édition, intervention faite en accord avec l’auteur, évidemment. C’est un travail à deux.
Un prix à 8,99€ ? Je pense que les éditeurs vont déjà avoir du mal à avaler la pilule de 9,99 €…….même si de mon côté je l’ai fait.
Enfin, oui, une offre “pour gros lecteurs” sera tout à fait envisageable sur les futures plateformes de diffusion. Peut-être par le biais d’un abonnement, vous payerez par exemple 79€ ttc par mois, et vous aurez un accès illimité à par exemple 15 livres numériques.
Tout est à ré-inventer / re-modeler !
Cdlt,
NF
Bonjour Nicolas et bonjour à tous et toutes,
Bloguant depuis quelque temps pour m’informer quant à la vague high-tech bousculant les métiers du livre, j’ai eu ce matin, grâce à eBouquin, le plaisir de lire ce rapport qui “vient de loin” – je suis en effet chambérien !
En fait, je suis poète, devenu créateur d’objets dont certains sont purement déco, d’autres des livres d’artiste. Ce que j’ai envie d’amorcer ici, avec pour arrière-plan l’analyse claire et parlante de Nicolas, c’est le nouveau rôle que pourront tenir certaines librairies.
Simplifiant à l’extrême, j’essaie d’imaginer un monde où le libraire n’ait plus à traiter principalement de ce qui tourne autour des placés d’office : soit cette image triste qui est d’ailleurs le reflet de ce qui eu lieu dans la “phynance”…
Je travaille en ce moment dans le but du partage d’un lieu d’art avec un(e) libraire ayant envie d’inventer des prestations en rapport avec le numérique. A mon avis, le libraire en ville peut devenir un maillon crucial de la mutation en cours, et ce en tant qu’animateur. Un animateur informant son client-partenaire sur les technologies (y compris annexes à l’édition proprement dite) et les prestataires, louant par exemple des readers-liseuses et conseillant sur leur emploi, ouvrant bien sûr une fenêtre sur ce qui est ePublié : fonds anciens “ressuscités”, domaine public, éditeurs d’un nouveau genre.
Le panorama qui s’ouvre est multiple et riche. Je reprends volontiers les derniers mots du dossier : tout est à ré-inventer…
Serge
Bonjour,
Je suis d’accord avec Pierre-Olivier. Je suis également très gros lecteur et parisien : je n’ai donc pas la place de stocker les livres que j’achète. Je n’achète que des poches pour une question de couts (sauf quand un livre à 20 euros se transforme en 3 poches à 7 euros ce qui est frequent !) Je revends ou donne beaucoup de livres pour des questions de place. Je suis passé au livre numérique il y a longtemps… mais n’en ai achete aucun. Je suis reste sur du gratuit ou libre. J’aimerais pourtant soutenir les auteurs mais :
- je n’accepte pas de payer plus pour un livre numérique que pour un livre physique (ce qui est encore souvent le cas),
- je n’ai pas choisi d’outils de lecture fixe. Je reve de n’avoir plus qu’une seule application de lecture mais en attendant je dois changer par livre et ne veux pas ajouter la contrainte de DRM qui me bloquerait définitivement. La solution n’etant pas mature, je ne veux pas me restreindre
- je ne peux plus donner ou revendre mes livres ! j’aime partager… ou rentrer dans mes frais
- je lis beaucoup en anglais, ma femme en francais. J’achete donc des livres en francais, et lis des livres numériques en anglais
Concretement que me manque-t-il pour passer à du livre numerique dans un schéma commercial ?
1/ Une gestion de contenu. Certes je peux lire un livre numerique, mais je veux gérer ma bibliotheque et mes achats ! si iTunes a décollé, c’est aussi et surtout car il permettait de gérer ses données de manière simple et unifiée (je connais Calibre mais c’est la aussi majoritairement à saisir manuellement). Je suis encore contraint de gérer manuellement par répertoire les séries. Si je suis sur mon iphone, je n’ai pas accés à cette information donc je dois aller sur le net savoir quel est le tome suivant ! Je reve d’un outil qui me permette de savoir quel est le tome suivant à lire : quand je lis le tome 2 de la croisade noire du jedi fou, qui se déroule dans le monde de starwars, cela me dirait que le tome suivant est l’ultime commandement, que l’auteur a fait d’autres series dans l’univers de starwars mais que chronologiquement il faut lire le livre de tel autre auteur sur la saga starwars, avec un lien d’achat immédiat !
2/ Des prix attractifs. Je n’achete qu’en poche et m’attend à ce que le livre numérique soit moins cher car pas de support physique, pas de livraison (aller et retour), par de marge pour le libraire, etc. En plus je ne peux plus le revendre !
3/ de la perennite : je lis environ 4 livres par semaine. Je n’investirais pas la somme équivalente en numérique si je perds tout quand je remplace mon iphone par un android ou autre. Laissez-moi choisir mon support physique, mon support applicatif et le contenu indépendamment SVP !
4/ Puisque je fais ma lettre au pere noel, quand j’achete un livre numerique en francais, pourquoi je n’ai pas egalement la version originale ? apres tout j’ai paye le texte + sa traduction non ? J’ai ca sur mes DVDs.
Désolé pour ce roman, mais la conclusion c’est que rien n’est mature : le contenu, le support applicatif ni le support physique. Dans cette incertitude, c’est l’oeuf et la poule : les lecteurs n’investissent pas ou peu, mais les professionnels n’osent pas investir non plus car ne voient pas le marché. Pourtant il existe, et j’espere prochainement depenser en toute confiance au bénéfice de mes auteurs préférés.
Nicolas, Alex, Pierre-Olivier…
Bonjour. Nous sommes en pleine Babel : les mois à venir verront peut-être émerger un LG couleur, souple et à alimentation solaire.
Je rêve d’un objet “roseau plutôt que chêne” comme le sera – sauf erreur – la prochaine mouture du XO.
L’objet pourrait comporter plusieurs pages : la seconde pour l’hypertexte, la troisième ouvrant sur un dictionnaire en ligne (si Wi-Fi ouvert proche il y a)…
D’autre part, nous constaterons ce qui se trame autour d’Apple en tant que créateur de tendance pour savoir d’une part où et comment acheter, et, d’autre part, de quelle façon acquérir du sens plutôt que de la possession, certes, mais aussi ne pas être paradoxalement “propriété” du… dealer.
Je reviens à une phrase de Nicolas : “Tous les acteurs du livre numérique doivent avoir les yeux tournés vers une seule personne : le lecteur”.
Il semble que Chronos sera le maître dans cette histoire.
Les contributions continuent d’arriver et elles sont vraiment intéressantes !
Encore une fois, j’organise mes réponses.
Bonjour Serge, lecteur et voisin donc.
Vos idées concernant les libraires sont très bonnes. Voilà comment je verrai la chose : tout comme il y a aujourd’hui dans chaque librairie une personne qui s’occupe de la littérature, une autre de la jeunesse, une autre des sciences humaines, etc. (ou toutes ces casquettes pour une seule et même personne parfois !), il faudrait aussi une personne dédiée à la lecture numérique (une peu comme dans les Fnac où une personne est dédiée aux environnements Apple). C’est-à-dire une personne qui :
- pourrait vendre des e-readers (iPhone, Kindle, Cybook, le futur iPad, etc.)
- pourrait vendre du contenu numérique par le biais d’un écran et d’une librairie numérique en ligne
- pourrait offrir aux lecteurs des prestations de conseil et de SAV
De là à ce que les libraires se passent des offices et des très grosses ventes, il y a encore un pas, car c’est là leur principal revenu aujourd’hui….
Mais c’est comme les librairies aujourd’hui, il y aura des librairies qui ne vendront que des gros e-titres, un peu de moyen et un peu de petit, d’autres que des petits e-titres, ou des oubliés, etc.
Une chose à retenir : tout est en train de s’organiser. Et il faut un peu de temps…
Cdlt,
NF
Pour répondre à Alex,
Votre mode de lecture et de consommation est très intéressant également.
Ce qu’il en ressort, c’est que vous représentez la hantise (j’ose le mot) des fabricants et des e-distributeurs !
Hantise, de par la complexité de l’utilisation que vous avez des readers et des contenus….
Encore une fois, les choses s’organisent, et pour l’instant vous n’avez d’autre choix que de “subir” ce qui se fait actuellement, c’est-à-dire des readers très différents et qui n’acceptent pas tous le même contenu, des contenus disponibles en version pdf et/ou epub, des plateformes imposant des DRM qui complexifient encore la chose, et au final un lecteur noyé par ce, pardon du mot, bordel. Donc pour l’instant, RIEN n’est fait pour vous donner envie de lire sur des readers ! Moi-même je n’ai pas de e-reader, juste un iPhone (choisi avant tout par son côté multifonction, et donc la possibilité de lire des ebooks via Stanza), mais cela reste galère, j’explique les manipulations à faire sur notre site : http://www.alphabet-espace.fr/livre_numerique_ebook.html
Ensuite, ce qui commence à ressortir fortement, c’est qu’en tant que lecteur nous n’êtes absolument pas prêt à dépenser 14€, ni-même 9.99€ pour un livre numérique…..
Concrètement, quelle somme vous paraîtrait raisonnable ?
Si on compare avec les CD et les MP3, avant les CD coûtaient entre 15 et 20 €, maintenant les albums disponibles sur iTunes Store sont à 9.99€, avec possibilité d’acheter uniquement chaque morceau à 0.99€, c’est d’ailleurs ce qui fait le succès de cette plateforme. Mais pour le livre c’est différent…….quoique……..
Le véritable problème aujourd’hui et le principal concurrent de livre numérique, c’est le livre de poche !
C’est évident qu’à 5 ou 7€, peu d’éditeurs se lanceront dans le numérique à ce prix là…….
Ou si, ce que je disais l’autre jour, il faudrait une version “poche” du livre numérique à pas cher, mais qui ne sortirait que 6 mois ou 1 an plus tard.
Donc, encore une fois, tout s’organise et demande un peu de temps. Il est certain que ce qui compte c’est vous, c’est le lecteur, et que lorsque sortira la plateforme Apple iBookStore, les choses changeront d’un grand pas en avant, et pourront répondre à nombre de vos questions aujourd’hui, avec par contre toujours le même “inconvénient”, la façon très propriétaire d’utiliser les machines / logiciels / contenus Apple. Mais une fois qu’on est entré dedans, difficile d”en sortir, il ne faut donc pas rêver, tout cela s’apparente bien à un choix très vaste, et à une manipulation légère mais insidieuse !
Cdlt,
NF
Bonjour Nicolas,
Je songe même à une librairie se dédoublant physiquement – en invitant le fidèle à faire cent mètres s’il faut – plutôt que s’étoffant d’une prestation.
L’idée est d’effectuer le saut qualitatif qui convient à la révolution en cours. Car il semble bien que l’on soit là un peu comme si les constructeurs décidaient de remplacer la batterie de nos autos par une pile à hydrogène : les nostalgiques pourraient tempêter !
Je vois une eLibrairie vidéoprojetant le contenu de blogs sur le high-tech généraliste (le brain computer interface par ex) ainsi que sur l’évolution des liseuses (iPad mais aussi un jour le Braille). La même vidéoprojection affiche aussi les rayonnages de la librairie numérique en ligne que vous évoquez, permettant de s’informer et acheter…
Mais faut-il vendre des machines ou informer quant à leur existence ; certaines tranches d’âges comportant leurs esprits jeunes, il serait peut-être intéressant de louer des services, du service : répertoriant par ex l’offre qui ne va manquer de s’amplifier – tel le travail qu’effectuent déjà des collectifs mettant à disposition (.pdf ou ePub) les trésors francophones du domaine public.
En fait, je bâtis ce projet en parallèle et complément à une expo d’art. C’est comme un château de sable et chaque vague impose de revoir la construction…
[ Citation ]Ensuite, ce qui commence à ressortir fortement, c’est qu’en tant que lecteur nous n’êtes absolument pas prêt à dépenser 14€, ni-même 9.99€ pour un livre numérique…..
Concrètement, quelle somme vous paraîtrait raisonnable ? [ Fin de citation]
En effet, je ne suis absolument pas prêt à payer près de 10 € pour quelque-chose d’immatériel, soit plus cher que le livre de poche physique lorsqu’il sort dans les rayons. j’y reviendrais plus bas
[ Citation ] Si on compare avec les CD et les MP3, avant les CD coûtaient entre 15 et 20 €, maintenant les albums disponibles sur iTunes Store sont à 9.99€, avec possibilité d’acheter uniquement chaque morceau à 0.99€, c’est d’ailleurs ce qui fait le succès de cette plateforme. Mais pour le livre c’est différent…….quoique…….. [ Citation ]
Les choses sont quand même différentes pour un CD. Chaque morceau d’un CD peut s’apprécier indépendamment des autres. Rien n’oblige à tout acheter si on ne le désire pas. Je ne vois pas vraiment l’intérêt de vendre un livre par chapitre.
[ Citation ] Le véritable problème aujourd’hui et le principal concurrent de livre numérique, c’est le livre de poche !
C’est évident qu’à 5 ou 7€, peu d’éditeurs se lanceront dans le numérique à ce prix là…….
Ou si, ce que je disais l’autre jour, il faudrait une version “poche” du livre numérique à pas cher, mais qui ne sortirait que 6 mois ou 1 an plus tard. [ fin de Citation ]
Je serais absolument d’accord qu’une version numérique “de poche” sorte plus tard à plus bas prix. EN quoi cela me gênerait-il, puisque de toute façon, je suis déjà obligé d’attendre pour la version poche …
J’ai l’impression que les grands groupes d’édition sont frileux quant au livre électronique d’une part parce qu’ils ont peur que le livre classique ne disparaisse trop vite. A mon avis ce n’est pas pour demain, car il restera toujours des inconditionnels du livre classique, et il y a pas mal de livres qui ne s’accomoderaient pas du tout du support électronique.
La frilosité vient également, je pense de la même peur que dans les milieux de la musique, à savoir le piratage. Contre le piratage, il n’y a qu’une seule solution, et ce ne sont certes pas les DRM. C’est le prix plancher ! Regardez ce qui s’est fait sur l’App Store d’Apple avec les applications pour l’iPhone. On en trouve des dizaines de milliers à moins de 3 € (quand ce n’est pas moins de 1 € ou même gratuites ). Et il y en a d’excellentes. J’avoue que par le passé, je n’ai pas toujours eu que des applis légales sur mes ordis (surtout lorsque j’étais étudiant !), mais mon iPhone n’est même pas jailbreaké ! Toutes les applis que j’ai dessus ont été payées (ou sont gratuites). Pourquoi est ce que j’irais m’enquiquiner à pirater un truc qui coûte moins de 1 € ? ou moins de 5 € si l’application sort vraiment du commun. L’application la plus chère que j’ai acheté, c’est l’ensemble de dictionnaires et de guides orthographiques Antidote (15€). Je ne m’en sers pas très souvent, et pourtant je l’ai payée et ne le regrette absolument pas parce que je trouve que le travail est remarquable.
Le jour ou l’Edition risquera le même pari pour le livre électronique à 3 – 4 ou 5 €, qu’il n’y aura plus besoin de soûler l’utilisateur honnête avec des DRM contraignants, et que l’interropérabilité sera totale entre différents Readers, ça pourrait faire du bruit, beaucoup de bruit.
De toute façon, les DRM sont déjà condamnés, puisque JAMAIS aucune mesure de protection des programmes, des CD, des DVD, ou même des Blu-Rays n’a pu résister à l’ingéniosité de ceux qui fabriquent les contre-contre-mesures. Les diverses protections ne servent qu’à augmenter le prix final du produit, à lasser les utilisateurs honnêtes …
Pierre-Olivier
Bonjour, si vous permettez je rebondis sur un de vos arguments.
En écho à “j’ai l’impression que les grands groupes d’édition sont frileux quant au livre électronique (…) parce qu’ils ont peur que le livre classique ne disparaisse trop vite(…)” je me demande en effet si les choses ne pourraient pas s’accélérer ?..
Cela a bougé aujourd’hui du côté des grands acteurs (cf “actua litté”) :
Ainsi Apple, qui se faisait d’avance une vertu en refusant de jouer le jeu de la sous-tarification, Apple remettrait cela en question et l’on trouverait finalement sur l’eBookStore des ouvrages à moins de dix dollars. Ainsi encore Amazon qui, d’une part crée une apps pour l’iPad (tel un cheval de Troie) et qui, d’autre part, laisse filtrer l’hypothèse d’un possible partenariat avec Qualcomm et l’écran Mirasol : tactile et en couleur, soit l’encre électronique au goût du jour. Ainsi enfin une éditrice américaine sortant les formats électroniques avant la version papier…
Pour simplifier, ce qui est, certes, toujours une amputation : quelles seront les locomotives qui feront que tout devra suivre (et notamment l’intérêt pour les histoires) ?..
Serge
Bonjour Pierre-Olivier,
Votre contribution montre parfaitement le gap qu’il existe entre les attentes d’un lecteur et ce qu’attendent les éditeurs du livre numérique. Je vous rejoins complètement pour les applications de l’AppStore, je télécharge à 80% des applis gratuites, les 20% restants sont des applications qui me coûtent entre 0.79 € et 4.99 € pour la plus chère, c’est donc bien de la nano-économie, ce que j’explique dans mon rapport. En tant que lecteur, vous attendriez des ouvrages entre 3 et 5€, et c’est normal, vous jouez votre rôle de lecteur attentif à son porte-monnaie, mais les éditeurs, comme vous le dites, sont très frileux à ça, moi le premier, je ne m’en cache pas. Peu importe le prix je dirais. Ce qui est important pour nous en tant que fournisseurs de contenus, c’est le potentiel d’achat. Une application pour iPhone un peu sympa, utile, bien dessinée et vendue par exemple 79 centimes, a peut-être un potentiel de 500 000 téléchargements. Il est donc possible d’appliquer un prix de vente à 79 centimes, même si le développement aura demandé en amont des heures et des heures. Mais qu’en est-il pour les éditeurs ? Le potentiel n’est absolument pas le même. Lorsqu’un éditeur parvient à toucher 5000 lecteurs, je vous assure qu’il est ravi. Les ventes pures (pas les tirages) à 50 000, 100 000 ou 300 000 ex. se comptent sur les doigts de la main. Donc proposer ne serait-ce un livre numérique à 4€ pour un potentiel de 5000 lecteurs, gloup. Quand bien même, de par la baisse de prix le potentiel passerait de 5000 à 10000 lecteurs, mieux vaut garder le système actuel.
L’équation n’est pas simple, clairement je pense que des livres numériques à 4€ en version originale (pas de poche), c’est brader le travail de l’auteur et de l’éditeur. Par contre, des livres numériques à -30% par rapport au prix papier, je trouve ça trop cher. 9,99€ me paraît être un bon compromis, comme pour la musique. Et acheter des chapitres, si ce sont des nouvelles par exemple, pourquoi pas ? Si c’est du roman, on en revient toujours à la question de la qualité de l’ouvrage : si le roman est bon, les gens achèteront, même à 9.99 €. Aux éditeurs à jouer le jeu du “Give to get”, on offre le premier chapitre au lecteur, chapitre qui devra être très attrayant, pour donner envie de lire le second, et ainsi de suite. Si le lecteur s’essouffle en cours, il arrête, s’il est pris au jeu, il va jusqu’au bout. C’est ce que j’ai mis en place il y a peu sur notre site web, j’offre le premier chapitre, et les autres sont à 0.99 €.
Quant aux DRM, je vous rejoins. Quand une offre sécurisée paraît, vous pouvez être sûr que la contre-offre non sévcurisée apparaît presque en même temps, et parfois des mêmes fabricants !
Encore une fois, stratégie du “give to get”, certes c’est un conte de fée, mais je suis un groupe de musique, je m’appelle Arctic Monkeys, je décide de donner gratuitement des morceaux créés sur le web, et si je suis très bon, ça fonctionne. On en revient au bouche-à-oreille qui reste de loin le meilleur réseau !
Cdlt,
NF
Pour argumenter en faveur de Serge, ce ne sont plus les gros qui bouffent les petits, mais les rapides qui croquent les lents.
Et pour peu que les rapides soient gros……
Cdlt,
NF
A tous
Que ces rapides (et gros) mettent au point les outils nous permettant d’être intelligents ! Je poursuis mon surf et j’alimenterai l’idée d’eLibrairie telle qu’évoquée aujourd’hui à 13 h 13…
A bientôt !
Serge
J’aimerais réagir en image aux propos de Pierre-Olivier notamment concernant le prix des livres, les DRM, et la question du piratage…Un exemple de l’industrie du cinéma, qui montre les erreurs à ne pas reproduire.
hum… Ce que montre surtout ces savants calculs, c’est que le modèle de la vente unitaire n’est pas bien adapté au numérique : car il y aura toujours un contenu moins cher quelque part (et le numérique, par rapport au physique, permet de le trouver).
On peut ergoter longtemps sur le prix idéal. On ne le trouvera pas. D’abord, car il ne sera pas unique, ensuite parce qu’il ne sera pas fixe. A mon avis, les pistes les plus prometteuses reposent sur une proposition de service… Mais ce changement a 2 obstacles. D’abord les éditeurs traditionnels ne le comprennent pas (trop loin de leurs modèles traditionnels). Ensuite, tout le problème d’un service est d’arriver rapidement à une échelle qui le rende possible et acceptable. De ce côté là, la masse critique de contenus est très élevée hélas.
Donc il faut se préparer à subir longtemps des ventes unitaires, des prix abhérants, des formats propriétaires et non interopérables…
@ Hubert Guillaud
Bonsoir. Et si, vu le potentiel nouveau qui se met en place, nous étions dans la quasi-impossibilité de comprendre et donc conjecturer ? Le risque est que nous limitions le possible de par notre vision. Une phrase me revient qui compare les pessimistes objectifs et les rêveurs : les premiers auront duré, les autres auront vécu !
Je crois qu’il faut déployer nos antennes et nous laisser surprendre. Pas un jour ne passe en effet sans infos sur des liseuses ; sans qu’Amazon, Google, Apple ou des syndicats et collectifs divers et variés ne bougent. Et puis, au final, quand bien même ce sont des puissants qui feront autorité question intendance – et on en a besoin puisque les enjeux dépassent tout – ne serons-nous pas autant de décideurs qu’il y a de consommateurs ?..
Etonnant qu’Internet ne soit pas une agora agissante !
@ Nicolas Fougerousse = [Citation] L’équation n’est pas simple, clairement je pense que des livres numériques à 4€ en version originale (pas de poche), c’est brader le travail de l’auteur et de l’éditeur. [ Fin de Citation ]
Dans ce passage de mon message, ou je parle de ce prix, j’avais bien sûr en tête le prix de l’équivalent poche, pas de le nouveauté. Il est normal de faire payer (raisonnablement), l’attrait de la nouveauté. Ce n’était peut-être pas évident, en me lisant, et je m’en excuse. Je suis certain que l’équivalent-poche du livre électronique (avec le même délai que pour la sortie du livre de poche), à un prix véritablement attractif pourrait vraiment booster les ventes. Il convient bien sûr de “faire de la pub”. Si en tant que lecteur assidu de certains auteurs, j’étais prévenu par mail, de la sortie d’un nouveau titre d’un de mes auteurs favoris (news ou équivalent poche), cela me pousserait certainement à l’achat, car, je ne découvre souvent les nouveaux romens de mes auteurs favoris qu’une fois dans les rayons des surfaces de ventes.
De plus, vous mettez en avant, la différence entre les ventes et le tirage. Encore une perte qui n’existe pas avec l’édition électronique (plus du tout d’invendu)..
Dans les suggestions pour l’avenir, pourquoi ne pas offrir à l’acheteur de la version papier, le livre électronique correspondant ? On voit de plus en plus de Blu-Ray, offrir en même temps le DVD, et même, à ma grande surprise, j’ai vu un titre récent offrir encore en plus, la version électronique du dit film (soit 2 supports physiques + un fichier à télécharger), et ce pour le même prix que les Blu Ray “classiques”.
En tout cas, cet échange est des plus intéressants.
Bonjour Hubert Guillaud,
Une petite note pessimiste, il en faut aussi…..
C’est sûr, l’équation n’est pas simple, car nous devons tous tenir compte de l’offre Livre de poche, qui pour moi reste le seul véritable et gros problème à résoudre. Alors un prix du livre numérique à deux temps ? Une sortie jour J à par exemple 9.99 €, et une autre sortie J+6 mois à 4.99 € par exemple ? C’est peut-être une solution…
Encore une fois, j’en reviens à ma question de potentiel, mais si pour chaque livre publié en France il y avait un potentiel de lecteurs de 20 000 personnes, la question ne se poserait pas très longtemps…
Vous parlez de proposition de service, concrètement qu’aimeriez-vous ? Une sorte d’abonnement mensuel sur une e-plateforme qui regrouperait un large choix ? Là, on vient de nouveau toucher à la proposition de loi Hadopi 2 je crois. Ou alors une location courte durée (trois semaines par exemple) d’un fichier pdf ou epub ? C’est ce que proposeront les bibliothèques à terme à leurs lecteurs je pense….Dites-nous ce que vous aimeriez, ce sera plus simple !
Cdlt,
NF
Bonjour Serge Meunier,
Oui, c’est sûr, chaque jour qui passe vient avec son lot d’annonces, de nouvelles, etc.
C’est donc presque inutile de faire tous ces pronostics, et je le pense sincèrement. C’est plus le côté “excitant-qu’est-ce qu’ils vont bien nous pondre maintenant ?” qui fait le truc…
En tant que lecteur, perso, j’attends.
En tant qu’éditeur, je pourrais aussi attendre, ce serait d’ailleurs plus raisonnable au niveau du temps passé à ces pronostics !
Décideurs-consommateurs, ne nous leurrons pas, il faut rajouter -douce manipulation. Mais c’est la règle de base du réseau web.
Cdlt,
NF
Cette réponse ne m’était pas directement, néanmoins, je me sens concerné. La formule d’abonnement. Que ce soit pour les livres récents oou même pour pour les livres de poches, je dis OUI. Mais pour que ce soit vraiment intéressant, il faut que ce soit un abonnement sur une plateforme de diffusion.
La location, bof-bof. J’aime à conserver mes livres et je ne suis pas trop adepte des bibliothèques. Mais c’est sur que ce concept est voué à se développer.
Bonjour Pierre-Olivier,
Bien d’accord, cet échange est passionnant !
En terme de marketing direct, version B to C, il est évident que le web a changé la donne. Et concernant le milieu du livre, ce ne sont que les prémices. Par exemple, sur fnac.com, lorsque vous achetez un livre papier, vous avez la petite phrase qui va bien : “Les internautes ont aussi acheté ces livres…..”, avec liste des autres ouvrages mis en avant.
Et encore plus développé et intelligent, la fonction Genius de iTunesStore, qui fait le lien entre votre bibliothèque de musique existantes, donc que vous aimez a priori, et des artistes que vous seriez susceptibles d’aimer aussi.
Ce que je veux dire, c’est qu’à partir du moment où les e-lecteurs ont acheté un livre papier ou un livre numérique sur le web, avec inscription, adresse mail, etc., rien de plus simple que d’envoyer régulièrement des nouveautés, ou des “vous avez aimé ça, alors vous aimerez ça”.
Quant à l’offre “livre papier acheté, livre numérique offert”, oui ça me paraît être aussi une très bonne solution. Les Éditions Dialogues à Brest ont d’ailleurs inauguré ce système, avec notamment l’utilisation de codes 2D. Un code est imprimé à l’intérieur de l’ouvrage, vous le flashouillez avec votre SmartPhones, et vous pouvez accéder à n’importe quel contenu web, donc à n’importe quel fichier, par exemple un livre numérique.
http://www.alphabet-espace.fr/code_2D.html
Cdlt,
NF
Bonjour à tous,
Je me permet un petit commentaire au milieu de cet échange passionné. Il est intéressant de voir que le débat et présent et que les échanges fusent ! Tout d’abord merci à ebouquin et à Nicolas pour cet excellent article et pour la fine analyse.
Pour ma part en tant que grande lectrice j’ai d’abord eu peur du livre numérique, une peur primaire et finalement humaine de voir disparaître ce que l’on connaît, ce à quoi l’on est habitué. Puis je me suis intéressée de plus près au sujet, j’ai assisté à l’évolution des idées sur le livre numérique… Et aujourd’hui j’avoue être plutôt enthousiaste à l’idée du numérique dans la mesure où :
1/ Les comportements évoluent et il me semble plus intéressant d’être à l’initiative de cette évolution que d’en être le simple suiveur
2/ Comme le relève Nicolas, il faut voir les choses en terme de complémentarité.
Dans mon blog, je relève d’ailleurs fréquemment des exemples de ce que peut apporter le livre numérique (ajout de musique, d’interviews audio, flashcode…).
Alors évidemment rien ne remplacera le fait de tourner les pages de son bouquin préféré un soir au coin du feu mais le numérique a aussi du bon
@tous
Personne n’était bien sûr visé en tant que tel par la comparaison entre réalistes qui durent et rêveurs qui vivent : ce serait installer une dichotomie là où tout, y compris nos hémisphères cérébraux, a besoin de jouer de concert. J’endosse d’ailleurs quotidiennement ces habits l’un après l’autre.
Pareil pour le lot d’annonces dont je ne dirais jamais qu’il induit au surplace stérile : au contraire, la preuve l’effervescence qu’il y a ici.
Concernant l’Internet que j’imagine une agora agissante, je songe à un de nos hommes politiques ; souvenez-vous : “Il suffirait que nous n’achetions pas et ils ne vendraient plus”. Premier stade de la révolte sur le mode du “Non” ; reste ensuite à trouver le moyen de dire “Oui !”…
Bonsoir Noélie !
J’avais vu que vous aviez tweeté l’article, heureux de vous compter parmi nous !
Complémentarité, voilà un mot que j’aime. Complémentarité dans les usages, mais la complémentarité dans le domaine des prix est beaucoup plus complexe !
On en parlait tout à l’heure, le livre numérique offert pour l’achat du livre papier, eh bien voilà, c’est ce que j’appelle de la réactivité :
http://www.alphabet-espace.fr/sommaire.html
Et comme vous le dites, les priorités suivantes doivent nous servir de ligne de vie, que ce soit en tournant des pages papier ou en slidant des écrans tactiles : le plaisir, la connaissance, le savoir, le divertissement, le partage, l’émotion.
Cdlt,
NF
Chapeau bas pour Messire Nicolas. Si tous les éditeurs pouvaient s’inspirer d’une telle réactivité !
Encore toutes mes félicitations pour votre écoute du “public”.
Bonjour à toutes et tous, bonjour Pierre-Olivier,
Merci pour vos contributions, merci pour la réactivité aussi, en tant qu’éditeur, je joue le jeu pour les lecteurs, les lecteurs joueront-ils le jeu en achetant le livre papier ? Un petit rappel : le livre numérique est offert pour tout achat sur notre site du livre papier.
http://www.alphabet-espace.fr/sommaire.html
Publicité ? Pas du tout. Un petit test, oui.
Cdlt,
NF