L’iPad est-il fait pour la lecture ?

Alors que l’iPad vient de faire ses premiers pas en France, de nombreuses interrogations subsistent quant aux capacités de l’appareil à venir concurrencer les livres papier et les lecteurs de livres électroniques (readers) tels que le Kindle, le Nook ou le Sony Touch Edition. Peut-on réellement considérer l’iPad comme un véritable outil de lecture?? Est-il fait pour lire des livres électroniques, des magazines, des journaux??

Voici quelques éléments de réponse.

  1. Les considérations « hardware »

Au niveau de la configuration matérielle, l’iPad utilise un écran tactile LCD 9,7 pouces affichant une résolution de 1024 x 768 pixels. Bien que sujet aux reflets, l’écran offre des couleurs et une netteté assez incroyables. Pourtant, de nombreuses personnes estiment que les écrans LCD sont fatigants pour les yeux et leur préfèrent des écrans basés sur la technologie e-Ink utilisant de l’encre électronique.

Cette impression est vérifiée par notre expérience sur ordinateur. Une durée prolongée passée devant un écran LCD a tendance à faire mal aux yeux et donner mal à la tête. On peut néanmoins se demander si cette réaction physique est le résultat de notre position, assise les yeux fixés sur l’écran, ou de l’écran LCD lui-même.

En tout cas, l’écran de l’iPad ne pose pas réellement problème. Au contraire, le taux de contraste élevé et le rétro-éclairage permettent d’utiliser l’appareil en condition de faible luminosité sans que cela vienne nuire à la lisibilité. En revanche en situation extérieure, l’écran tend à devenir moins lisible à cause des reflets. De leur côté, les écrans e-Ink équipant les readers présentent des résultats inverses. S’il est tout à fait possible de lire un bouquin dehors en plein soleil, il est impératif d’utiliser un éclairage performant en intérieur pour pouvoir lire convenablement le texte.

Le poids est un autre argument à prendre en considération. C’est la première chose qui surprend lorsqu’on prend en main l’iPad. Avec 680 g sur la balance, l’iPad est nettement plus lourd que les readers 5/6 pouces (? 250 g) ou un livre papier. Certains y verront là un argument rédhibitoire, considérant le poids trop élevé, d’autant plus qu’il n’est pas toujours évident de savoir comment le tenir. D’autres estimeront que la lecture se faisant habituellement en position assise ou semi-couchée, il suffit de poser l’iPad sur ses genoux ou contre son ventre pour que le poids ne pose plus problème. En réalité, on finit par s’y habituer assez facilement.

Enfin la réactivité et l’interface tactile de l’appareil sont sans aucun doute les deux éléments les plus importants. La navigation sur l’iPad est d’une rapidité et d’une fluidité déconcertantes et l’écran tactile tend à créer un rapport plus intime avec le lecteur, qui peut ajuster à sa guise le niveau de zoom, la taille des caractères, et se focaliser davantage sur le contenu.

L’expérience de lecture est en ce sens incomparable avec celle que l’on pourrait avoir sur un ordinateur, et tend au contraire à bonifier les habitudes que nous avons avec un livre papier.

De façon naturelle, nous allons ainsi toucher, glisser, pincer l’écran pour interagir directement avec le texte.

2. Les applications de lecture & l’expérience utilisateur

Au-delà de l’aspect matériel, la force de l’iPad réside dans son écosystème et le nombre d’applications proposées. Lors de la présentation du produit en janvier dernier, Apple avait clairement affiché son intention d’investir le segment de la lecture numérique en ouvrant sa propre boutique de livres électroniques : l’iBookStore, intégrée au sein de l’application iBooks.

Et il faut reconnaître que la firme de Cupertino n’a pas fait les choses à moitié. Apple a réussi à imposer son modèle tarifaire, le système d’agence, auprès des maisons d’édition américaines et à susciter l’intérêt des éditeurs de presse pour développer des applications innovantes (Wired, New York Times, Le Figaro).

L’application iBooks est visuellement très réussie et fait le choix d’une interface proche d’un livre classique pour ne pas déstabiliser les nouveaux lecteurs. Elle ajoute cependant des fonctionnalités appréciables comme la possibilité d’agrandir le texte, de changer la police de caractères, d’effectuer une recherche dans le document ou encore d’accéder directement à une partie du livre via la table des matières.

Avec un texte numérique, fini la mauvaise qualité de certains livres imprimés ou une police de caractère que l’on n’aime pas. Plus besoin non plus d’écorner l’ouvrage ou de chercher un marque-page pour reprendre la lecture là où l’on s’était arrêté.

Globalement, il est assez facile de se plonger dans un bouquin sur l’iPad. Le fait d’être habitué à lire sur un écran d’ordinateur, et d’avoir une application en plein écran sans distraction autour (Twitter/Mails/navigateur Internet ouverts) tendent en effet à favoriser notre concentration sur le texte et l’on oublie rapidement le support depuis lequel on lit.

A titre personnel, je me suis ainsi surpris à lire plus de 200 pages d’une seul traite, comme je le ferai naturellement avec un livre papier alors je finis difficilement un ouvrage, aussi court soit-il,  sur un reader.

Par ailleurs, l’accès couplé à l’iBookStore et à sa bibliothèque personnelle est tout à fait pertinent. Apple a voulu faciliter au maximum le processus de recherche/achat/téléchargement de livres pour que les utilisateurs puissent profiter des ouvrages achetés sans avoir à se préoccuper de DRM ou de logiciels à installer. Les utilisateurs peuvent en outre rajouter librement des fichiers ePub dépourvus de DRM.

Au niveau de l’offre, l’iBookStore français propose un catalogue de livres numériques déjà important. On retrouve plusieurs grands éditeurs français tels que Hachette, Eyrolles et Albin Michel même si Editis et Gallimard  n’ont pas encore rejoint la librairie d’Apple.

En tout cas, l’iBookStore français devrait rapidement rattraper la concurrence (Numilog, FNAC, ePagine, Immatériel) puisque le catalogue de Numilog (Hachette), a déjà en partie intégré la plateforme d’Apple.

Le problème au final ne devrait pas concerner la disponibilité des livres électroniques mais plutôt leur attractivité vis à vis des livres papier, compte tenu du faible écart de prix entre les deux supports – prix numériques ? entre 12,99 € et 18,99 € -. Les ebooks étant des contenus dématérialisés, ni prêtables, ni échangeables, les utilisateurs attendent une baisse de prix significative par rapport à la version papier que ne sont pas en mesure d’accorder pour le moment les éditeurs pour des raisons politiques (peur d’une cannibalisation des ventes de livres papier, concurrence) et économiques (investissements, manque de visibilité sur l’essor du marché, loi Lang et TVA à 5,5 % vs 19,6 %). Toutefois des acteurs 100% numérique comme Publie.net font le pari d’une politique tarifaire plus adaptée et attractive avec des ouvrages compris entre 0,49 € et 5,99 €. On retrouve également de grands classiques tels que L’Art de la guerre, Les Contes des Frères Grimm ou encore des poèmes d’Arthur Rimbaud à moindre prix (entre 0,49€ et 2,49€), bien que certains soient issus du domaine public (Baudelaire, Sun Tzu).

La donne est différente pour les éditeurs de presse, bien qu’ici aussi la question du prix et la pertinence du modèle économique soient discutables. Si la lecture de livre sur iPad peut ne pas être appréciée par tout le monde, les magazines et journaux bénéficient d’une autre considération.

Ces derniers peuvent en effet tirer plus facilement parti des capacités de l’iPad (couleur, Internet) pour proposer des applications innovantes inaugurant de nouvelles maquettes/mises en page faisant la part belle aux éléments interactifs tout en mêlant contenu éditorial et contenu Internet.

Des applications comme Wired montrent ainsi comment il est possible de repenser un magazine à partir du web et de focaliser l’attention du lecteur sur le contenu écrit et multimédia. Comme pour le livre, l’iPad offre à la presse un support à partir duquel la lecture est facilitée et agréable, car recentrée sur le texte et dépourvue d’éléments déstabilisateurs.

Conclusion :

L’iPad est avant tout un appareil de consultation particulièrement approprié pour la lecture de magazines et de journaux, la navigation sur le web, la lecture de flux RSS ou de documents de travail. Il permet d’accorder une attention plus importante aux textes que sur un ordinateur, car il crée un rapport aux contenus plus direct avec l’utilisateur.

Pour les livres électroniques, la réponse est plus difficile, dans le sens où il existe une véritable culture du livre papier qui influence fortement les habitudes de lecture. Lire un livre sur écran est encore quelque chose de difficilement concevable, alors que cela n’est pas tellement différent de la lecture d’un document ou d’un article. Il ne s’agit que de textes, mais auxquels on n’attache pas la même considération. L’iPad a en tout cas le potentiel de changer notre rapport au livre et donc de modifier nos habitudes de lecture, mais la transition risque d’être lente et difficile, surtout si elle n’est pas favorisée par des prix attractifs.

8 Responses to “L’iPad est-il fait pour la lecture ?”

  • [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Clément M. , Jose A. Vazquez. Jose A. Vazquez a dit: L’iPad est-il fait pour la lecture ? http://bit.ly/c3NIK3 Análisis de cómo es la lectura en un iPad [...]

  • jeanlou bourgeon:

    Un premier bilan qui va dans le sens de ce que l'on pressentait et que nous offre l'iPad. En ela merci de nous offrir ce retour d'expérience.
    Cependant deux points majeurs.

    L'un, celui relatif aux éditeurs 100% numériques qui ne sont pas en crainte de la canibalisation. Publie.net (et d'autres en émergence) propose un tarif alléchant en garantissant aux auteurs une meilleure rémunération. C'est un point positif sur lequel les gros ne pourront lutter et qui fera le succès dansl es mois à venir de ces structure novatrices dans leur démarche. Notons au passage que 'on peut aussi acheter directement chez l"éditeur sans passer par iBookstore.

    L'autre, plus inquiétant, concerne la presse.
    Tu le soulignes, wired (qui déjà sur le net rencontre un beau succès d'estime), tire les marrons du feu (c'est un mensuel qui pour 3,99 dollars nous propose une solution abordable).
    Mais pour les quotidiens, qui va s'abonner (en masse) aux formules —aussi séduisantes soient-elles— disponibles ? Trop cher, beaucoup trop cher…

    La planche de salut viendra me semble-t-il d'un bouquet de 100 (et plus) titres parmi lesquels un choix d'une vingtaine de supports pourraient être consultés librement pour un abonnement autour de 15 euros.

    La presse (contrairement à la musique) est présente gratuitement sur la toile depuis quelques lustres… Et tente de faire machine arrière. C'est d'autant plus mort que (en volume) les souscriptions ne décolleront pas suffisamment pour que les supports investissent vers une offre qualitative suffisante…

    Ne vaut-il pas mieux faire adhérer des dizaines, des centaines de milliers de lecteurs (possibles sur la base d'un accès abordable) que de tenter de séduire quelques happy few capables d'e souscrire à un abonnement onéreux ???

    Je ne me pose plus la question…

  • Faut quand même pas exagéré ! 0,79€ est-ce vraiment si cher pour un quotidien ??!

    Arrêtez de comparer le papier et le numérique, posez-vous au moins la question : est-ce que des avis d'experts, une analyse approfondie, une investigation, etc. pour 0,79€ tous les jours, est-ce vraiment si cher ???

    Oui mais voilà, sous prétexte que les dépêches AFP, les news Reuters, sont là à foison au bout d'un clic gratuit, sous la couche de pub Flash agressive, on ne tolère plus payer pour du contenu, aussi riche soit-il.

    Allez-y, continuez à tirer vers le bas nos journalistes et leurs journaux, ne vous posez pas les vraies questions.

    Et puis laissez faire le marché, l'offre s'alignera sur la demande.

    Je me fous que je le lise sur papier ou sur un support électronique, c'est pour moi le contenu qui doit continuer à primer.

    Je ne loue pas les solutions en place, mais l'ambiance est au cassage systématique sous prétexte d'un prix et d'un formatage trop typé PDF des quotidiens qui ont (eux!) déjà franchi le pas de l'iPad.
    Moi je dis bravo parce qu'il fallait le faire, en si peu de temps, dans un contexte de restriction, et en pleine crise de la presse.

    Toutes les solutions en place sont basées sur la plateforme Visuamobile apparemment, donc oui, toutes ces solutions croulent sous les mêmes critiques. Mais nul doute que des alternatives vont arriver. Laissez un peu le temps à tout le monde de subir ce raz-de-marrée, mais qui reste une niche dans les proportions des ventes papier.

  • nico1314:

    dans un sens le prix d'un quotidien a 0.79€ peut paraitre abordable mais dans l'autre sens il faut savoir reconnaitre que les années de depeches gratuites sur leurs propres sites ne leur facilite pas la tache. et puis la plupart des gens savent-ils que ce sont des depeches ? une grande partie s'en contente et ne savent meme pas que le journal "papier" approfondi bien plus les articles que ceux mis en ligne.
    la faute a qui ? c'est bien les organes de presse qui croyaient que le format pub des medias traditionnels allait marcher sur le net.
    alors un prix raisonnable est somme toute legitime pour que le lecteur ne soit pas le seul responsable d'erreurs pasées…
    et puis tout le monde ne met pas sont journal a 0.79€…

    par contre, on oubli toujours la BD/mangas/comics…
    est-ce tellement reservé a un public original qu'on l'oubli si souvent ? a mais lui il lit une BD, mais c'est pas vraiment de la lecture…
    il y a des fois plus d'histoire dans les 47p d'une BD qu'un roman de 375p
    je n'en veut a personne mais c'est surtout que la tablette (ipad ou autre) est le support ideal pour les cases BD par rapport au e-reader.
    et puis autant les editeurs livre texte ont l'air de s'engager dans le numerique autant les editeurs BD ont l'air de stagner a cause de probleme de droit…

  • pcblade:

    “il y a des fois plus d’histoire dans les 47p d’une BD qu’un roman de 375p”, j’aurais failli en faire tomber mon iPad si je ne l’avais pas eu sur moi, allongé sur le canapé…
    Ah la bande dessinée, est-elle déjà trop longue pour qu’on l’abrège BD ?

  • jeanlou bourgeon:

    C'est tout à fait dans le sens qu'exprime Nico 1314 qu'il faut avoir une regard sur cet article et les réactions qui en découlent. Nous n'avons pas imposé la gratuité, ce sont eux qui ont joué une partie de roulette russe et parfois… la balle part, direct dans le pied…

    @ Vetete :

    Aujourd'hui, il y a la kiosque.fr et ça a du sens si on veut avoir une offre diversifiée , de qualité, dense.

    Tout le monde ne peut pas consacrer 0,79€ x 15 ou 20 pour se faire une opinion sur les faits de l'existence…

    Ceci nous y avons accès gratuitement aujourd'hui et ça ne veut pas dire que nous refusons de payer ; nous verrons bien effectivement sur cette approche est payante pour la presse ou si elle précipitera sa chute.

    Parce qu'aujourd'hui, il s'agit quand même de 100 millions d'euros pour remeetre les compteurs à zéro chez Le Monde et, excusez, c'est pas une paille.

    Je suis d'accord quand a moi pour avoir des écrans pubs et un accès raisonnable à un bouquet de titres…

    Nous verrons bien effectivement car nous sommes effectivement dans le marketing de la demande…

    • Oodini:

      > Tout le monde ne peut pas consacrer 0,79€ x 15 ou 20 pour se faire une opinion
      > sur les faits de l'existence…

      Les gens qui n'ont pas ces moyens n'achètent pas un iPad. Et si c'est le cas, il faut qu'ils revoient leur sens des priorités.

  • [...] article “ "L’iPad est-il fait pour la lecture ?” " paru récemment sur ebouquin.fr, apporte un ensemble d’informations très utiles [...]

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