Honte à nous ! Nous sommes tous des pirates ! D’après une étude menée par la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet (HADOPI), 49% des internautes français se seraient procurés des contenus culturels de manière illégale, dont 29% durant les six derniers mois (l’effet HADOPI ?). Les 15-40 ans seraient les principaux concernés par ces pratiques (70% des 15-24 ans, 55% des 25-39 ans) tandis que la musique et les films seraient les biens culturels les plus prisés sur les réseaux de partage.

Le livre apparaît pour le moment en dernière position de ce classement, avec “seulement” 29%. Un chiffre néanmoins important compte tenu de la qualité inégale des livres électroniques illicitement en circulation, et sûrement affolant si l’on s’amusait à observer la progression du piratage dans le secteur depuis l’an dernier.

Ce n’est pas faute de l’avoir répété au cours des derniers mois. L’éclosion du piratage des livres électroniques est logique et prévisible. Elle est la conséquence d’une offre légale peu attractive : faible choix, prix disproportionné pour un produit dématérialisé, protections contraignantes pour l’utilisateur (DRM).

Pourtant l’étude révèle que “les internautes admettant des usages illicites sont de plus gros acheteurs de biens culturels que les autres”. A vouloir protéger à tout prix le livre papier, le monde de l’édition serait-il en train de tuer le livre électronique ?

Alors que le Kindle et la lecture numérique se démocratisent de façon fulgurante outre-Atlantique, le marché français reste embryonnaire faute de faire les efforts nécessaires pour accompagner et stimuler sa croissance. Avec les appareils de Bookeen, Sony, PocketBook ou encore l’iPad, les dispositifs de lecture sont pourtant déjà là pour offrir aux utilisateurs une expérience satisfaisante.

Seulement les éditeurs préfèrent pour le moment reproduire les mêmes erreurs que les majors de la musique et du cinéma, sans se soucier des conséquences sur le développement du marché du livre numérique, et surtout, semble-t-il, sans se rendre compte qu’ils sont en train de “dégouter” les early-adopters, ces mêmes “gros lecteurs”, acteurs indispensables dans l’adoption par le grand public de nouveaux usages.

DRM, prix trop élevés : le marché du livre numérique serait-il déjà mort-né faute de lui avoir procuré les moyens d’émerger ? En attendant l’arrivée d’une véritable offre légale en adéquation avec les attentes des consommateurs, le piratage a encore de beaux jours devant lui, au détriment du développement du chiffre d’affaire des éditeurs sur le créneau numérique.

Gardons espoir cependant : certains éditeurs montrent la voie à suivre : Publie.net, Numeriklivres, Bélial, Bragelonne…Des livres sans DRM à prix abordable avec des fichiers ePub de qualité plus faciles à se procurer en achetant qu’en piratant. A force de persévérer, nous finirons bien par être écoutés…en espérant que ce ne soit pas trop tard pour les autres…