Comme prévu, Amazon a annoncé en grande pompe sa nouvelle gamme de terminaux de lecture. Tout ce que les rumeurs avaient prévu a été présenté ce soir : le Kindle 4e génération (avec écran E-Ink) et le Kindle Fire, la première tablette LCD d’Amazon. Au total, ce sont 4 nouveaux modèles qui constituent désormais la gamme Kindle, de 79 $ à 199 $.

Il n’y a pas d’erreurs sur les prix (quoique…), l’offensive d’Amazon est totale et laisse peu de chances à la concurrence qui s’était établie aux alentours de 130-140 $. Mais qu’est-ce que ces readers ont dans le ventre ? Passage en revue de la nouvelle gamme.

Le Kindle, prix plancher, disparition du clavier mais pas de tactile

Amazon frappe fort avec un reader epaper entrée de gamme au prix très agressif de 79 $ (vraiment?). Pour arriver à un tel tarif, cela s’est fait au sacrifice de certaines fonctions et sûrement de la marge d’Amazon. Pas d’interface tactile, plus de clavier et un format minimaliste (170 grammes seulement et un emballage réduit au strict nécessaire). Et pour naviguer, il y aura des boutons, rien de que boutons. Le design est sobre : un écran E-Ink Pearl 6 pouces (pas HD !) entouré d’un casing en plastique gris anthracite passe-partout. Le mémoire interne est toujours de 2 Go, mais si cet espace est insuffisant, pas de panique, les ebooks sont aussi stockés dans le cloud Amazon et peuvent être récupérés par l’intermédiaire de la connexion WiFi. Pour l’autonomie, Amazon annonce un mois pour une seule charge. Avec une telle configuration et tel prix de vente, il faut s’attendre à ce que la diffusion de ce reader soit massive.

En revanche, il y a quelques manques sur ce modèle. L’absence de clavier obligera le lecteur à taper à l’aide d’un clavier virtuel contrôlable depuis le pad de navigation, ce qui risque d’être vite laborieux. Par chance, Amazon a conservé les boutons de changement de page sur chacune des tranches du produit ! Pour le logiciel qui équipe le reader, il semble que cela soit exactement  le même que sur le précédent Kindle alors que le Kindle Touch dispose d’une nouvelle interface. Les fonctions disparues ne s’arrêtent pas là : plus de Text-To-Speech, plus de lecteur audio, le chargeur secteur devient optionnel (9,99 $). Un Kindle au rabais? À 79 $, le choix est compréhensible, mais on a quand même le sentiment de faire un pas en arrière.

Cependant, il va falloir se contenter de ce modèle. En effet, c’est le seul qui peut être acheté depuis la France (ainsi qu’au Royaume-Uni pour 89 £ et en Allemagne pour 99 €). Pour passer commande, il faut sélectionner le modèle sans pub à 109 $ (environ 120 € à la commande, frais de port compris). Eh oui, les prix annoncés par Amazon comprennent son offre publicitaire maintenant appelée Amazon Local (nous y reviendrons à la fin de cet article). L’argument marketing aura pris le dessus, mais dans une guerre des prix et un marché en croissance permanente, seul le prix d’appel compte.

Ce Kindle s’adresse avant tout aux utilisateurs réticents à la lecture numérique. Couplé au service numérique des 11 000 bibliothèques partenaires d’Amazon, ce reader pourrait rapidement devenir un bestseller. À 79 $, le marché auquel s’adresse Amazon est considérable, même ce modèle s’adresse avant tout aux lecteurs de romans. Compte-tenu des limitations du produit, on ne pourra guère y trouver des usages supplémentaires.

Le Kindle Touch, l’arrivée du tactile à prix cassé

Le Kindle Touch est la vraie nouveauté de la gamme epaper d’Amazon. C’est un tout nouveau reader que nous livre ici la firme de Seattle : nouveau design, écran tactile, nouveau logiciel et nouveau prix.

En terme de caractéristiques techniques, le Kindle Touch est équipé d’un écran E-Ink Pearl de 6 pouces de diagonale. Contrairement au reader de Google, il n’y a pas d’écran HD sur ce modèle et le Kindle Touch partage la même référence que le Kindle WiFi. En revanche, tous les contrôles physiques ont disparu du reader pour laisser la place à une interface tactile. Les équipes du Lab126 n’ont pas fait dans l’originalité et ont utilisé le système zForce de Neonode qui équipe déjà le Sony Reader, le Kobo Touch et le Nook Touch. En terme d’interface tactile, ces readers jouent à armes égales. Le Kindle Touch s’est aussi affranchi du bon vieux clavier qui équipait le Kindle depuis novembre 2007. Une page se tourne…

Du coup, l’ergonomie du logiciel fait toute la différence et Amazon n’a pas manqué de revoir de fond en comble le programme grâce auquel le reader fonctionne. L’interface est plus adaptée à une saisie tactile. Visiblement, Amazon a revu en profondeur son système d’exploitation (Android or not Android, that is the question…) pour une meilleure clarté dans l’interface. La navigation dans le Kindle Store devient plus agréable, grâce à l’affichage des ebooks par leur couverture. Il faut noter cependant qu’Amazon ne fait pas mention d’un navigateur web comme sur le précédent Kindle avec clavier. Pourtant, l’apport du tactile n’aura pas été négligeable ! En parallèle, une série de commandes ont été ajoutées au moteur de lecture, dont la fonction X-Ray.

X-Ray est, d’après le marketing d’Amazon, un outil pour « libérer les entrailles du livre ». En cliquant sur un mot, le lecteur obtient sa définition ainsi que la page Wikipedia correspondante et les mentions sur Shelfari. Les fonctions de partage n’ont pas disparu, mais il semble impossible d’accéder au service réseau social Kindle directement depuis le reader (nous attendrons les premiers tests pour en savoir plus).

Le Kindle Touch est plus complet que le Kindle WiFi classique. Avec 4 Go de mémoire interne (dont 3 Go de libres), il pourra stocker plus de documents, notamment des PDF qui seront plus agréables à utiliser à l’aide de l’écran tactile (pour zoomer et dézoomer). Les fonctions audio ne sont pas passées à la trappe sur ce modèle qui conserve sa prise jack 3,5 mm et une compatibilité MP3 et fichiers Audible. Des haut-parleurs stéréo équipent également le reader pour utiliser la fonction Text-To-Speech même en l’absence de casque. Concernant l’autonomie, Amazon annonce 2 mois de batterie pour une seule charge, mais du coup, le Kindle Touch est plus lourd que le modèle entrée de gamme : 213 grammes sur la balance.

Deux modèles du Kindle Touch sont proposés, l’un WiFi et l’autre WiFi+3G, pour respectivement 99 $ et 149 $. Bien entendu, comme pour le Kindle WiFi, ces prix bénéficient de la réduction permise par l’offre publicitaire Amazon Local. Pour s’affranchir de la publicité, il faut payer son reader plus cher, soit 139 $ et 189 $. De plus, ces modèles sont uniquement proposés aux clients américains et il faudra attendre l’arrivée du Kindle Store en France pour pouvoir les commander. Aurons-nous le droit à tous les modèles le moment venu?

Le Kindle Touch a un positionnement double. À la fois vendu pour 99 $ en version WiFi, il s’adressera aux lecteurs à la recherche d’un reader plus complet que le modèle entrée de gamme. Cette différence de 20 $ entre les deux modèles nous paraît être suffisamment faible pour opter de préférence pour le Touch. En revanche, la déclinaison WiFi+3G à 149 $ intéressera une clientèle de nomades pour qui la connexion 3G est indispensable. Amazon n’a pas modifié ses conditions concernant la 3G, elle reste gratuite et utilisable dans plus de 100 pays. « N’importe quel livre, n’importe où, en 60 secondes », tel est le slogan d’Amazon…

Construire un reader n’est pas comme télécharger un ebook, il faudra donc attendre le 21 novembre pour que les premiers clients reçoivent leur Kindle Touch.

Le Kindle Fire, la tablette low-cost d’Amazon

Les rumeurs avaient vu juste, Amazon a bien nommé sa première tablette Kindle Fire (littéralement « Allumer le feu »). Car c’est bien ce que compte faire Amazon, mettre feu au marché des tablettes et bousculer le monopole d’Apple dans ce secteur. Voltaire est même de la partie. ;-)

Le Fire n’est rien d’autre qu’une tablette LCD 7 pouces, capable de faire fonctionner des applications, lire des films, de la musique, des magazines (couleurs, enfin !), et bien sûr, accéder au Kindle Store. Elle fonctionne avec Android 2.3 même si la chose est impossible à distinguer pour le néophyte. Amazon a totalement modifié l’OS avec une interface à sa sauce. De plus, l’entreprise a totalement la main mise sur le système, et sera la seule à fournir les mises à jour. On peut reprocher à Apple de verrouiller iOS mais Amazon va dans le même sens.

Comment se positionne le Fire dans la gamme Kindle ? Il peut être vu comme le modèle haut de gamme même s’il s’agit d’un produit s’adressant à une clientèle différente de celle qui achète un ereader. En effet, le Kindle Fire est une tablette multimédia, un point d’accès mobile à l’ensemble de la boutique de contenus numériques d’Amazon : 100 000 films du service Instant Video, 17 millions de chansons sur Amazon MP3, 1 million d’ebooks sur le Kindle Store. Tous les contenus achetés sur Amazon bénéficient automatique du Whispersync qui mémorise entre les différents appareils compatibles aussi bien la dernière page lue d’un ebook que l’endroit où une vidéo a été mise en pause.

D’ailleurs, pour l’occasion, Amazon a ouvert son offre de BD numériques qui compte pour l’instant une centaine de titres parmi les plus grandes séries de comics (Batman, Superman, Green Lantern etc.). Comme les rumeurs l’avaient annoncé, les grands groupes de presse sont également de la partie dans un nouvel espace du Kindle Store, le « Newsstand ». Plusieurs centaines de titres de presse (dont des magazines en couleur s’il vous plait !) sont disponibles à l’achat à l’unité ou avec une formule d’abonnement.

« We think the Kindle Fire as a service », déclarait Jeff Bezos lors de la conférence de presse. Le Kindle Fire est donc un véritable kiosque à médias, du livre aux applications. La tablette peut accéder à l’Amazon Appstore pour télécharger des jeux, des applications aussi diverses que variées. En revanche, il n’est possible d’accéder à l’Android Market classique, modèle propriétaire oblige. Mais en limitant l’accès à sa boutique, Amazon garantit que les applications qui peuvent y être téléchargées seront compatibles avec le Kindle Fire.

Amazon a également équipé sa tablette d’un navigateur web (et d’un client mail), nommé Silk. Présenté comme révolutionnaire, il permet d’afficher rapidement une page web (en WiFi) sur la tablette par l’intermédiaire d’une optimisation sur les serveurs Amazon EC2. Cette nouvelle technologie devrait améliorer grandement le rendu et l’expérience de navigateur sur un appareil qui dispose de ressources limitées (même si un processeur ARM double-coeur équipe l’engin).

Avec un prix de vente de 199 $, Amazon frappe fort. En concurrence directe avec le NookColor de Barnes&Noble, il est fort probable que les deux entreprises s’affrontent pour la même clientèle. D’ailleurs, au moment où Amazon annonçait le Kindle Fire, l’action de B&N chutait de 7 %. Le libraire américain ne restera pas silencieux longtemps et devrait annoncer dans les prochaines semaines une nouvelle déclinaison du NookColor avec un positionnement tarifaire identique au Kindle. Du coup, que reste-t-il à la nouvelle tablette d’Amazon ?

À vrai dire, la force du Kindle Fire n’est pas forcément le hardware (même s’il semble de qualité et très abordable) mais l’écosystème Amazon qui est au coeur du produit. L’offre de contenus numériques proposée par Amazon est sans égal et Barnes&Noble n’est capable de la concurrencer que dans le domaine du livre numérique. La Kindle Fire, un iPad-killer ? La différence de prix entre l’iPad (499 $) est celui du Kindle Fire les destinent à deux clientèles différentes. Si l’on a pu critiquer l’iPad comme étant un outil de consommation, la Kindle Fire dépasse sans aucun doute la tablette d’Apple sur ce registre en limitant les usages par le côté propriétaire de son écosystème et un format de tablette trop petit pour en faire un outil de création. Le Fire, une tablette Android fermée. Qui l’aurait cru ? D’ailleurs, il ne serait pas étonnant qu’Amazon devienne rapidement le leader des tablettes… Android. Le livre numérique est-il en train de révolutionner l’informatique ?

Il est quand même difficile (et malvenu) d’émettre un avis sur le succès (ou l’insuccès de ce produit). La période des fêtes va être déterminante pour les deux entreprises et Amazon compte bien lancer son produit à temps et essayer de subvenir à la demande. Les premiers exemplaires de la tablette arriveront chez les clients à partir du 15 novembre. D’ici là, on risque de lire tout et n’importe quoi (en attendant les vrais tests) sur cette tablette. ;-)

Le Kindle 3 reste au catalogue, jusqu’à épuisement des stocks?

Vous n’êtes pas convaincu par les nouveaux Kindle ? Heureusement, Amazon n’a pas fait disparaître le Kindle 3 du catalogue. Il est toujours disponible sur la boutique sous le nom de Kindle Keyboard WiFi ou WiFi+3G. Le prix de vente est assez intéressant : 99 $ pour le modèle WiFi et 139 $ pour le modèle 3G (avec la réduction due aux publicités, sinon il faut compter 139 $ ou 189 $ pour la liberté d’avoir un reader sans annonces). Le Kindle DX est aussi conservé, sans changement de prix (379 $).

Pourquoi avoir conservé ce reader au catalogue ? Nul doute qu’Amazon doit disposer encore de quelques stocks de son ancien reader. Pourtant, le design du produit était apprécié par ses utilisateurs et la disparition du clavier pourrait faire des déçus. On pense notamment aux établissements scolaires ou autres institutions qui ont acquis des Kindle ces deux dernières années et souhaiteraient compléter leur parc. Il n’est pas sûr que le Kindle dernier du nom ou le Touch conviennent à leurs besoins.

Amazon Cloud Storage, la bibliothèque illimitée

Le point commun à l’ensemble de cette gamme de Kindle est leur connexion permanente au cloud d’Amazon. Amazon a limité la mémoire interne sur chacun de ses produits, notamment sur le Kindle Fire dont l’espace de stockage est de seulement 8 Go (contrairement aux 8 Go du NookColor extensible par carte MicroSD !). Il n’y aura pas de quoi stocker plus d’une dizaine de films HD, d’applications et d’ebooks.

Pour passer outre cette limitation, Amazon stocke tous les contenus achetés par l’utilisateur dans son cloud, et gratuitement. Ainsi, il est possible de récupérer un contenu déchargé du reader ou de la tablette, tant qu’une connexion Internet est disponible bien entendu ! Il faudra faire des choix avant de partir en vacances dans un lieu reculé avec son Kindle Fire. Quand le cloud rencontre la réalité…

Amazon Local, le bénéfice de la publicité

Les prix des différents Kindle et du Kindle Fire ne sont pas des prix de vente réels, mais leur coût est en partie financé par la publicité affichée à travers le système Amazon Local. Fort du succès des premiers essais de Kindle avec « Special Offers », Amazon continue sur sa lancée et met de la publicité partout (mais laisse à l’utilisateur la possibilité d’acquérir un modèle qui en est dépourvu)… sauf dans les ebooks. La firme de Seattle le précise bien sur la fiche produit de chacun de ses readers pour éviter tout malentendu.

Amazon Local est ni plus ni moins qu’une régie publicitaire qui ajoute une nouvelle source de revenus au modèle d’Amazon. Alors que la firme est obligée de vendre ses readers à perte pour se démarquer de la concurrencer, l’entreprise mise sur la vente de contenu et sur celle d’espace publicitaire sur les terminaux de ces utilisateurs. D’ailleurs, une première opération publicitaire viendra ravir les futurs possesseurs du Kindle Fire qui se verront offrir trois mois d’abonnement gratuit aux 17 magazines du groupe Condé Nast (dont le Vanity et GQ).

Pour Amazon, il est nécessaire de fidéliser sa clientèle. En offrant un mois gratuit au service Amazon Prime à tous les possesseurs du Kindle Fire, Amazon fait découvrir ses services de VOD illimité à moindres frais. Amazon Prime rassemble déjà plusieurs millions d’utilisateurs et une telle fonction ne manquera pas d’en conquérir d’autres. Là encore, la puissance commerciale d’Amazon est difficilement égalable.

Et la suite ?

On pourrait croire que les annonces de ce soir viennent répondre à toutes les demandes utilisateurs. Même si Amazon n’a pas fait dans la demi-mesure, plusieurs choses manquent encore à ses produits et l’écosystème Kindle. Tout d’abord, il faut noter que ces appareils ne sont toujours pas capables de lire des fichiers ePub. Ce manque ne nous étonne guère, mais il pourra gêner ici en Europe où la majorité des fichiers vendus le sont dans ce format. Un détail pour Amazon qui, avec son Kindle Store parfaitement achalandé et son récent service aux bibliothèques (11 000 établissements partenaires), offre à ses clients un large accès aux différentes sources de contenus.

On notera également que même si Jeff Bezos a profité de l’événement pour annoncer les dernières fonctionnalités du service Amazon Prime, il n’a pas (encore) été question d’une offre de streaming de livres numériques. Visiblement, Amazon n’aura pas convaincu les éditeurs à temps pour un lancement de l’offre aujourd’hui (cf. notre précédent article). Même si le code source du site d’Amazon cache déjà la fonctionnalité, il va encore falloir attendre pour pouvoir utiliser un tel service.

Enfin, il faut quand même remarquer que les produits annoncés aujourd’hui sont très centrés sur le marché américain. À nul moment de l’intervention du patron d’Amazon, il n’a été question d’une extension de la plateforme Kindle à l’international. Amazon a-t-elle d’un peu de temps pour peaufiner son service ? Une chose est sûre, les tests s’enchaînent chez Amazon.fr pour le lancement. Mais comme toujours avec Amazon, tout se sait à la dernière minute.

En tout cas, Amazon aura fait une démonstration de force avec l’annonce de cette nouvelle gamme. Beaucoup de sociétés vont devoir adapter leur stratégie à ces nouveaux produits, qu’ils soient fabricants de tablettes Android ou d’ereaders, libraires ou distributeurs voire même éditeurs. Puis, à peine la conférence de presse terminée, les rumeurs reprenaient déjà de plus belle à la suite des propos du vice-président du département Kindle, Russ Grandinetti. Interrogé au sujet d’une future tablette Amazon 10 pouces, il a répondu d’un laconique « Stay tuned » (cf. Engadget). Juste ce qu’il faut pour faire perdurer le buzz.