
Les temps changent. Les années précédentes, les ouvrages récompensés par des prix n’étaient souvent pas disponibles en numérique. Les raisons étaient diverses : crainte du piratage, politique d’entreprise visant à ne pas considérer le numérique, indécision sur le prix d’un ouvrage numérique ou encore refus de l’auteur de céder ses droits numériques. Du coup, les plus accros à la lecture numérique ont du se rabattre sur l’offre illégale ou bien numériser leur exemplaire papier (oui, véridique !).
Le cas du Goncourt 2010, La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq est tout à fait significatif. Disponible dès la publication du livre en ebook sur les réseaux illégaux, il aura mis un bon mois à débarquer en numérique de manière légale. Cependant, avec une rapide recherche Google, la version illégale restée encore accessible. Quant à la commercialisation sur l’iBookstore et le Kindle Store, il aura fallu attendre le mois dernier.
Cette année, les jurés du Goncourt ont attribué le prix au premier roman d’Alexis Jenni, L’art français de la guerre (Gallimard), grand favori de cette édition. Vendu en papier à 21 €, une version numérique du titre est en vente sur la plupart des boutiques partenaires de la plateforme Eden-Livre, soit le Kindle Store, Immatériel, Feedbooks mais aussi le réseau ePagine et eBooksurf. Malheureusement, il faut compter 16,80 € pour cet ebook, ce qui laisse de beaux jours au piratage. On est bien loin des bestsellers du New York Times à 9,99 $…
Malheureusement, le fichier est protégé par DRM, que cela soit sur le Kindle Store ou les distributeurs tiers utilisant la DRM d’Adobe. Ce choix est dans la politique habituelle de Gallimard. En revanche, on remarquera que le titre est encore absent de l’iBookstore…
L’autre lauréat de la journée est Emmanuel Carrère qui s’est vu décerner le Prix Renaudot pour son dernier ouvrage Limonov. Là encore, le fichier proposé par l’éditeur (P.O.L) est protégé par DRM et l’on ne sera par conséquent pas surpris du prix de vente. Il faut compter 17 € pour l’ebook. Peut-être vaudra-t-il mieux l’acheter en papier (qui peut être prêté en toute simplicité). Même si les prix sont disponibles à temps en numérique, cela se fait aux prix de certains compromis. Du mieux pour l’édition 2012?
Dans tous les cas, on s’amusera de la newsletter envoyée hier par Amazon à ses clients. Une prémonition?











7 commentaires
Nicolas dit:
3 Nov 2011
Prémonition ? Il était quand même le grand favori !
Ceci dit les éditeurs rééditent les mêmes erreurs que leurs homologues de la musique …
Mobilivres dit:
3 Nov 2011
Surprise du côté d’Amazon qui propose la version Kindle de Limonov à 17 € soit tout de même 1 € de plus que chez les autres librairies en ligne.
En effet, pourquoi acheter un ebook farci aux DRM 17 € alors que la version papier est vendue 19 € ? Après on s'étonnera que les pirates prospèrent !!!!
JFH dit:
3 Nov 2011
Vous écrivez dans votre article que la politique de prix est la source du piratage. Personnellement ce sont avant tout les DRM qui m'empêchent d'acheter. Contrairement à la musique, mon usage du livre étant unique, je veux pouvoir le passer à un ami qui pourra le passer à un autre ami et le watermarking est idéal pour cet usage. Je sais qu'on peut effacer le watermarking, mais les DRM aussi, le but est de permettre à l'utilisateur lambda de prêter ses livres sans se laisser aller au partage en masse.
Quant au prix, il me semble normal qu'à la sortie il soit proche de la version papier, le problème est que le prix du numérique ne chute pas lors de la sortie de la version poche. Sur le Kindle Store, le dernier Connelly est à $17.31, le précédent est à $8.65.
Philippe Ory dit:
3 Nov 2011
Le goncourt n'est pas disponible sur le site allemand Kindle (amazon.de) On peut commander l'édition papier pour 31 euros avec 6-8 semaines de délais… bonjour la francophonie et je comprends pourquoi la culture française s'exporte si mal !!!
Pr Raynal dit:
3 Nov 2011
"Quant au prix, il me semble normal qu'à la sortie il soit proche de la version papier, "
Vous aimez vous faire tondre ?
Comment peut on considérer qu'une version sans papier, impression, encre, transport;marge des libraires, et retour des invendus puisse être vendue au même tarif que le papier?
Hissons le pavillon noir!
Patrick dit:
5 Nov 2011
@Pr Raynal : en fait, la raison est tout autre. Ce n'est pas une histoire de coût, mais plutôt de protectionisme du système actuel (Librairies physiques, entre autre).
En effet, si les livres cités plus hauts était vendu moitié prix en version numérique, ça pourrait donner du tord à ces petits libraires qui, semble-t-il, ne sont pas au mieux de leur forme.
Donc, indirectement, en maintenant des prix dissuassifs sur les livres numériques, les éditeurs soutiennent les libraires.
Et dans cette logique, pour amortir un Kindle 3, avec 3,15 euros d'écart avec la version papier, il faut déjà acheter 50 livres récents. Livres, comme suggérés plus haut, qui seront difficile à prêter (surtout si l'autre lecteur a une liseuse différente).
La France et les ebooks : pourquoi l’adoption du livre numérique est-elle si lente ? « Le blog de Bouquineo dit:
25 Nov 2011
[...] 2011 montre que plus d’un tiers des best-sellers sont disponibles en ebooks en offre légale. Les livres primés sortent également de plus en plus vite en numérique. Et surtout, le Web constitue une mine inépuisable pour tous les chercheurs de trésors [...]