Vendredi, la FNAC présentait en catimini à la presse le fruit de son partenariat avec la société canadienne Kobo. À cette occasion, nous avons pu en apprendre plus sur cette nouvelle offre de lecture numérique qui risque de peser fortement sur le marché français encore embryonnaire du livre numérique. Après Apple et son iBookstore, Amazon et son Kindle Store, la FNAC a opté pour un revirement stratégique en faisant appel à un des leaders de l’édition numérique, qui par sa position alternative et sa capacité à innover a réussi à monter sur le podium des leaders de la distribution de livres numériques en Amérique du Nord. Kobo cherchait depuis de nombreux mois à s’implanter en Europe (un marché naissant). Une levée de fonds plus tard, elle se donnait les moyens de s’y emparer, au moment où les poids lourds du secteur arrivent.

Depuis 2008, les lecteurs français peuvent s’approvisionner en ebook sur différentes plateformes. Mais même si les ventes ont progressé doucement, aucun distributeur n’a réussi à faire croître le nombre de lecteurs et ainsi, les ventes de livres numériques. La raison de ce retard était bien simple : aucune entreprise ne proposait d’écosystème de lecture complet. En novembre 2010, la FNAC s’y est essayée avec l’offre FnacBook mais a subi un revers important à cause d’un reader de piètre qualité et une librairie numérique qui a connu de multiples soucis techniques (touchant les clients tout comme les éditeurs). Le revirement stratégique était nécessaire et la FNAC l’a effectué, sûrement en optant pour la solution la plus intelligente.

Une union logique

Interrogés sur ce choix, les responsables de la FNAC présentent leur offre numérique comme un accord stratégique entre deux sociétés aux savoir-faire propres et complémentaires. La FNAC est le premier libraire français, aussi bien sur la vente de livre en ligne qu’en magasins. Kobo est l’un des leaders du livre numérique, parfois qualifié de “David” comparé aux Goliaths que sont Amazon, Barnes&Noble ou Apple, mais qui n’a plus grand-chose à leur envier dans le domaine de la lecture numérique.

Fort d’une remise en question complète de sa stratégie dans le livre numérique sur les trois dernières années et désireux de se placer sur le marché européen, la FNAC et Kobo étaient faits pour travailler ensemble. L’un amenant son savoir-faire de libraire et sa relation privilégiée avec les éditeurs et l’autre mettant à disposition sa plate-forme technique (de premier ordre) et une solution de lecture numérique complète. Ainsi, derrière le nom de “Kobo by FNAC” se cache une toute nouvelle librairie numérique pour l”agitateur de curiosité” et un terminal de lecture dernière génération, le Kobo Touch.

Kobo Touch : simple, intuitif et abordable

Le fer de lance de l’offre “Kobo by FNAC” est le dernier reader tactile de la société canadienne, le Kobo Touch. La FNAC a conservé le nom “Kobo” afin de pouvoir nommer facilement le produit. Ce choix marketing a gommé l’option “FnacBook”, le distributeur souhaitant faire table rase de ses choix passés. Présenté à la presse dans sa version noir et blanc (4 coloris de dos au total comme sur l’image ci-dessus), le reader trônait à côté d’un Kindle 4 et d’un iPad. Si ce reader n’a rien à voir avec la tablette d’Apple, il partage de nombreux éléments avec le reader d’Amazon : processeur Freescale iMX.508 cadencé à 800Mhz, écran E-Ink Pearl, connexion WiFi, 2 Go de mémoire et une autonomie atteignant le mois (en lecture normale).

Différence de taille, le Kobo Touch est équipé d’un écran tactile à interface infrarouge (la fameuse technologie zForce de Neonode) qui ne détériore pas la qualité d’affichage. Le reader est un peu lourd que le Kindle 4, mais de seulement une quinzaine de grammes. Le volume des deux readers est quasiment identique et ils se glissent facilement dans une poche de manteau. L’interface tactile est un net atout pour le Kobo. Son interface logicielle en tire bénéfice et ne rebutera pas les nouveaux venus à la lecture numérique. La compatibilité avec le format EPUB l’ouvre à un large fonds de contenus. En quelques minutes d’utilisation, on parcourt le reader pour découvrir ses fonctions clés. On apprécie également la présence d’un dictionnaire français, anglais et anglais-français qui permet de traduire des termes à la volée. Le Kobo marque un autre point par rapport au Kindle.

Mais cette fonction était déjà intégrée au Kobo Touch. Quelles sont les différences entre le produit de base et sa déclinaison pour la FNAC? Mis à part l’affichage du logo FNAC sur l’écran de veille, le reader est en tout point identique au Kobo Touch vendu en Amérique du Nord (le logiciel est en français bien entendu !). Le reader sera aussi accompagné d’une vaste gamme de housses dont l’une avec un système d’éclairage. Malheureusement, on est bien loin de la qualité du modèle pour le Kindle.

Avec un produit de cette qualité, la FNAC a toutes les chances de séduire les lecteurs lors des fêtes de fin d’année. Le distributeur disposera du reader à temps (en stock importants, nous a-t-on précisé), avec des précommandes ouvertes aujourd’hui sur FNAC.com et la réception des premières livraisons le 28 novembre. À l’heure qu’il est, plusieurs milliers de Kobo Touch rejoignent les entrepôts de la FNAC dans leur emballage griffé de la marque française.

Cette fois-ci, la FNAC dispose d’un reader concurrentiel, qui fait oublier l’expérience FnacBook. Mais un tel produit a un prix : 129,90 €. C’est tout? Oui. Même si l’on pourra regretter la parité euro/dollar, ce prix est particulièrement bien positionné par rapport aux readers concurrents de Sony ou de Bookeen. Pour parer au Kindle à 99 €, la FNAC va proposer pour les fêtes une promotion exceptionnelle à ses adhérents. Ils disposeront de 30 euros de réduction sur un Kobo, qui ne leur coûtera donc plus que 99,90 euros. Amazon n’a qu’à bien se tenir d’autant plus lorsque l’on sait que les adhérents FNAC représentent 2,8 millions de clients en France. Imaginons qu’un adhérent sur dix achète un Kobo pour les fêtes, cela représenterait 280 000 readers vendus…

Si la puissance commerciale d’Amazon n’est plus à prouver aux États-Unis, la FNAC garde une avance en France, forte d’une clientèle importante, d’une bonne image de marque et d’une présence solide sur tout le territoire avec 82 boutiques. Le savoir-faire en marketing direct de l’entreprise ainsi qu’une campagne publicitaire d’envergure (presse et web, orchestrée par Publicis) donne au Kobo toutes les chances pour séduire les lecteurs français. Présent en rayon librairie, produit technique et électronique (mais aussi prochainement dans les boutiques SFR), le Kobo by FNAC ne pourra pas se rater.

Un librairie solide et un pari sur la lecture sociale

Grâce à sa connexion WiFi, le Kobo peut se connecter directement à une librairie numérique pour y acheter du contenu. La FNAC va donc lancer dans les prochaines semaines une nouvelle librairie numérique fonctionnant sur la plateforme de Kobo. Le catalogue proposé atteindra les 2 millions de titres dont 80 000 titres en français. Lorsque la FNAC annonce dans son communiqué de presse 200 000 titres en français, la majorité est issue du domaine public. Même les responsables du projet ebook ont été peu bavards sur le chiffrage du catalogue.

Nous restons donc prudents sur la réalité de ces chiffres, car même si les éditeurs redoublent d’efforts pour commercialiser leurs éditions numériques, le catalogue dont dispose Kobo (et donc la FNAC) est identique à celui d’Amazon (qui compte plus de 35 000 titres en français aujourd’hui). Hachette, Editis, Gallimard, Flammarion (et le reste de la plateforme Eden Livres) tout comme les éditeurs du distributeur Immatériel ou i-Kiosque qui seront présents sur la librairie. En revanche, le catalogue s’enrichit des dizaines de milliers de titres en langue étrangère des partenaires internationaux de Kobo. Le catalogue mondial n’est plus l’apanage d’Amazon et de son Kindle. Une offre de presse devrait aussi voir le jour prochainement. Si le nom de la plateforme partenaire n’a pas été encore officiellement annoncé, il est fort probable que des négociations soient menées avec le GIE ePresse. Le grand absent de cette nouvelle librairie est la bande dessinée. L’offre fournie par Ave!Comics va disparaître dans la transition, mais pourrait revenir ultérieurement lorsque Kobo aura rendu compatible son moteur de lecture avec ce type de contenus.

En plus d’avoir un nouveau reader, la FNAC repart avec une plateforme neuve. Ce changement ne devrait pas affecter les anciens clients qui pourront retrouver leurs achats réalisés sur l’ancienne plateforme et les retrouver dans leur bibliothèque Kobo by FNAC gratuitement. Cette migration entre les deux plateformes reprendra le même processus que celle qui a été proposée aux anciens clients de Borders, ex-partenaire de Kobo, qui a fait faillite cette année.

Pour prolonger sa lecture sur n’importe quel support, des applications Kobo by FNAC pour iOS (iPhone/iPad) et Android débarqueront dans les prochaines semaines dans les boutiques respectives. Il n’y aura pas de surprises quant à leurs fonctionnalités puisqu’il s’agira tout simplement des applications classiques de Kobo avec la griffe FNAC.

Le réseau social de lecture Reading Life est aussi de la parti et sera accessible depuis les applications et le Kobo Touch. Ce service est sûrement l’élément le plus intéressant, à long terme, de cette plate-forme. Les fonctions de partage (à partir d’une citation) sur Facebook ou Twitter sont un simple (et efficace) moyen de communiquer sur ce nouveau produit auprès de son cercle de proches. Pour citer Marc Jahjah du blog SoBookOnline, c’est la valeur commerciale de l’annotation qui est retenue par cette fonction.

Kobo va plus loin. La fonction Pulse (dernière nouveauté de Reading Life qui sera également disponible sur Facebook) permet de repérer les échanges et les interactions qui ont lieu à un passage donné d’un ouvrage. On peut tout à fait imaginer que des clubs (virtuels) de lecteurs viennent à se créer autour de ces lectures numériques. Il est difficile de statuer sur les usages des futurs utilisateurs, mais nul doute qu’ils seront surprenants et Kobo ne manquera pas de les surveiller pour faire évoluer son service. À la FNAC d’en tirer les fruits pour communiquer habilement sur le volet social de cet écosystème de lecture.

Un partenariat durable : le Kobo Vox à l’horizon

Cette alliance semble idyllique, entre deux sociétés aux savoir-faire complémentaires et qui n’auraient pas pu prétendre à la place qu’ils convoitent (celle de leader du livre numérique en France) sans l’autre. Les conditions financières de ce partenariat restent secrètes, mais il est basé sur un partage de revenu, profitable pour les deux sociétés. D’ailleurs, la FNAC voit déjà en Kobo un partenaire sur le long terme et devra proposer l’année prochaine la dernière tablette de la marque, le Kobo Vox. Le distributeur français va étudier de près les ventes du Kobo Touch et pourra proposer éventuellement le Kobo WiFi (un modèle vendu à 99 $ aux États-Unis) si la demande pour un prix encore plus abordable se fait sentir. Mais la FNAC n’a-t-elle pas déjà tous les atouts en mains pour aller convaincre les lecteurs que son savoir-faire reconnu dans l’univers du papier reste d’actualité à l’heure du numérique ? Amazon ne sera peut-être pas le leader du livre numérique en France…