Edition : l’édition numérique indépendante fait son chemin [MAJ]

En grande partie à l’origine de l’édition numérique en France, l’édition numérique indépendante (préférons ce terme à celui d’éditeur “100% numérique”) continue sa route doucement, mais sûrement. Après de premières années difficiles avec une production à marche forcée, les catalogues se structurent désormais en collection, en textes plus attractifs aux sujets à la mode (science-fiction, essais, récits de vie, etc.). Les deux poids lourds (mais très agiles ;-) ) de l’édition numérique indépendante, Publie.net et Numeriklivres, sont revenus en détail ces derniers jours sur les premières conséquences de leur nouvelle stratégie.

Du côté de Numeriklivres, c’est l’heure du bilan de la dernière série de thriller fantastique de l’éditeur, le Waldganger de Jeff Balek. Au total, ce sont plus de 6000 exemplaires qui ont été téléchargés en quelques semaines. Voici la répartition des téléchargements entre les 6 épisodes qui constituent la série.

- Épisode 1 (gratuit) : 4964

- Épisode 2 (payant) : 405

- Épisode 3 (payant) : 274

-Épisode 4 (payant) : 190

- Épisode 5 (payant) : 130

- Épisode 6 (payant, vient de paraître) : 43

Même si le score est plutôt bon (et impensable il y a encore quelques mois) un constat saute aux yeux : 1 téléchargement sur 6 est payant. Le premier épisode de la série monopolise la majorité des téléchargements. Au total, l’ensemble des ventes a généré un chiffre d’affaires d’environ 1042 euros. Et cela avant de retirer la part distributeur (en général de 30 à 40%). Il ne reste pas grand-chose pour l’éditeur (ni l’auteur). Faut-il  multiplier les titres au catalogue et miser sur le volume ou augmenter le prix des ebooks, au risque de se couper de sa clientèle ? Ce modèle promotionnel a pour mérite de diffuser la création littéraire numérique, mais n’est pas encore la démonstration d’un véritable modèle économique pour l’édition numérique indépendante.

Est-ce que cela vient de la mauvaise performance de certains revendeurs? L’éditeur nous a confié que “65% des téléchargements se font sur l’iBookstore, le reste  se répartit essentiellement sur Kindle, Bookeen et Kobo, et en achat direct sur Immateriel”. Il est intéressant de voir que la boutique d’Apple génère le plus de vente alors qu’aucune mise en avant a lieu sur cette boutique. À l’inverse, la librairie ePagine et la librairie Bookeen Store ont mis en avant la série du Waldganger et restent en queue de classement. Visiblement, ces deux boutiques ne drainent pas suffisamment de lecteurs pour transformer la mise en avant en ventes effectives…

Chez Publie.net, un nouveau cap est franchi : 4327 téléchargements au mois de janvier (contre 2500/3000 les précédents). Le mois de janvier aura été historique pour l’éditeur numérique. Historique du point de vue de la répartition des ventes puisque c’est sur Amazon.fr que Publie.net vend le plus de livres numériques. L’iBookstore d’Apple reste stable avec plus de 1000 téléchargements par mois. Si Kobo/FNAC progresse doucement, il est impressionnant de constater l’écart entre le trio de tête et le reste des libraires numériques. La force de frappe du Kindle et la simplicité de son processus d’achat sont la recette pour générer un maximum de ventes, n’en déplaise à l’éditeur.

De plus, le catalogue de Publie.net se densifie et se structure en plusieurs collections très ciblées, notamment la très riche “Hors Collection”. Un travail d’ampleur de corrections sur le fond de catalogue est actuellement en cours, sans avoir à réeffectuer un tirage. L’iBookstore et la Kindle Store proposent d’ailleurs aux éditeurs de mettre gratuitement à jour leurs ouvrages en soumettant simplement une nouvelle version. Publie.net table aussi sur un prix abordable, mais plus élevé que ses confrères. En moyenne, le prix d’un ebook tourne autour de 3,99 €.

De plus, une offre commerciale centrée sur l’abonnement, pour les particuliers et les bibliothèques (toujours plus nombreuses à souscrire au catalogue) rencontre un vif succès. Petit à petit, le modèle économique de Publie.net se construit, surfant sur la vague de l’arrivée du livre numérique en France.

Publie.net laisse aussi la place à la littérature numérique expérimentale avec des titres comme la revue D’ici là. Développer une activité durable, c’est aussi éviter de se couper de modèles économiques éprouvés, en y ajoutant une touche d’innovation. Dans quelques semaines, une cinquantaine d’ouvrages déjà publiés en numérique sur Publie.net seront en vente en papier dans toutes les librairies (grâce à la technologie de l’impression à la demande). Et pas de doutes, comme le dit François Bon, “je vous assure que PUBLIE.PAPIER ça va marcher”.

MAJ : Les éditions du Bélial sont aussi revenus sur leurs ventes de l’année 2011. Merci à Hubert Guillaud pour le lien.

En 2011, nous avons vendus 920 livres numériques dont 447 via notre plateforme maison et 473 sur les librairies et plateforme qui les distribuent. De plus, 1533 livres ont été téléchargés gratuitement via notre plateforme.

A la grosse louche, cela représente un peu moins de 2% du chiffre d’affaires total du Bélial’ en 2011.

Sur notre plateforme maison, 573 lecteurs différents ont téléchargé au moins 1 livre numérique (gratuit ou payant), 227 ont téléchargé au moins un livre payant et notre meilleur client a téléchargé 22 livres pour près de 100 €.

2% du CA de l’éditeur en 2011, combien en 2012 avec tous les Kindle, Kobo, iPad et tablettes Android sur le marché français?

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