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Random House : 50% du chiffre d’affaire en numérique en 2015

Le parcours de Random House en numérique n’est pas commun. Alors que la majorité des majors de l’édition ont tourné le dos dès que possible à Amazon en passant au modèle d’agence, l’éditeur Random House est resté presque un an avec les contrats initiaux du distributeur, se laissant du temps pour évaluer le potentiel des autres plateformes. Ce n’est que le mois dernier que Steve Jobs, PDG d’Apple, a annoncé l’arrivée de la maison, filiale du groupe Bertelsmann (avec 11,4% de son chiffre d’affaire en 2010), sur l’iBookstore, confirmant ainsi les rumeurs indiquant que le leader mondial de l’édition avait adopté le modèle d’agence.

Le numérique est devenu essentiel dans le modèle économique de l’éditeur. Comme l’indique Livres Hebdo qui rapporte les derniers résultats financiers de la firme, elle a atteint en 2010 un chiffre d’affaire de 1,8 milliards d’euros (soit une hausse de 6,1% par rapport à l’année précédente) pour un bénéfice d’exploitation de 173 millions d’euros (+26,3%). Tiré par les bonnes ventes de ses bestsellers (230 titres présents dans la liste du New York Times dont 25 qui ont occupé la première place), le catalogue disponible en numérique dépasse maintenant les 25 000 titres.

Random House n’a pas révélé la part exacte tenu par le numérique dans son chiffre d’affaire mais celle-ci est en hausse de 250% par rapport à l’année passée. Ainsi, Markus Dohle, président de Random House, voit un avenir radieux pour le numérique. En 2015, ce nouveau secteur pourrait représenter 50% du chiffre d’affaire de l’éditeur. En revanche, il ne cache pas que la marché américain restera le plus important, tandis que l’Europe accusera d’un retard de 3 à 5 ans. Espérons que sur ce dernier point Markus Dohle n’aura pas vu juste.

La sélection du jour #93

  • Microsoft attaque Barnes&Noble. – iGeneration
  • L’accord Google Books n’est pas raisonnable – La Feuille
  • Le piratage des livres électroniques au Brésil - SoBookOnline
  • BD numérique : Désaccord persistant entre les auteurs et les éditeurs - BD Actu
  • As E-book Sales Explode, Consumption Patterns Change - GigaOM
  • Readum, un plugin de lecture sociale. – SoBookOnline
  • Un Kindle à gagner avec Europeana – Europeana
  • Turn your Kindle into a universal translator with Kindlefish – BookSprung

Les écrivains français satisfaits de la relation auteur/éditeur ?

A l’approche du Salon du Livre de Paris, la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) vient de rendre public une enquête sur l’état des relations entre auteurs et éditeurs. Une situation qui s’est améliorée depuis l’année dernière puisque 71% des 600 écrivains sondés (contre 69% en 2010) ont déclaré être satisfait de leur relation avec leur maison d’édition.

Si les auteurs perçoivent des à-valoir en proportion moindre – 64% de contrats avec à-valoir dont 67% compris entre 1 et 3000€ -, ces derniers demeurent globalement satisfaits des contrats proposés par leur éditeur. En revanche la question des droits numériques reste un sujet à la marge… Signe de l’incertitude des éditeurs quant à la position à adopter, seuls 23% des auteurs interrogés ont été sollicités par leur maison d’édition pour signer un avenant numérique , tandis que 42%  disposent d’une “clause numérique” dans leur dernier contrat.

Pire encore, 3% seulement des auteurs ont pu négocié un contrat pour une exploitation exclusivement numérique. Autrement dit la route est encore longue d’ici à ce qu’auteurs et éditeurs trouve un terrain d’entente sur les conditions d’exploitation propres au livre numérique. D’autant plus si le partage des droits dans les contrats continue à s’inspirer des taux de rémunération de l’édition papier…

Un point de discorde qui, en plus de la question de la durée des contrats, a d’ailleurs mené dans l’impasse les discussions entre le Conseil permanent des écrivains (CPE) et le Syndicat national de l’édition (SNE) après six mois de négociations… Malheureusement la démocratisation du livre électronique en France, ce n’est pas pour tout de suite…

Lonely Planet : une success-story, du papier au numérique

Lors de la conférence TOC, Lonely Planet était représenté par le très dynamique Gus Balbontin, responsable des développements numériques, au look et à l’accent typiquement australiens. Il était présent pour raconter le succès de son entreprise dans le numérique, après plus de 40 ans d’édition papier.

En effet, avec un site web totalisant plus de 8,5 millions de visites par an et 140 applications commercialisées, le numérique voit sa part dans le chiffre d’affaire global de l’entreprise croître rapidement. En effet, le chiffre d’affaire généré par les contenus numériques a augmenté de 37% sur les 12 derniers mois (la période s’arrêtant en mars 2010). Pour l’année 2010, les chiffres n’ont pas encore été révélés mais atteindront de nouveaux sommets.

Du coup, la facture que s’apprête à régler la BBC Worldwide pour acquérir les derniers 25% de l’éditeur multimédia (qui possède même une chaîne TV ! ) atteignent un record : 67,2 millions de dollars (contre 142,8 millions pour les 75% déjà acquis en 2007, source Mediabistro/GalleyCat). Si le numérique commence à atteindre une part non-négligeable du business du Lonely Planet, le papier reste encore bien majoritaire. Alors, pourquoi parier sur le numérique?

Pour Gus Balbontin, il s’agit avant tout d’une stratégie à long terme et des nouveaux usages permis par le numérique. “Nous ne savons pas ce que nous faisons… mais nous savons pourquoi”, s’est-il amusé à rappeler lors de la son intervention pendant que des images de lecteurs des guides Lonely Planet défilaient. Pourfendant les SSII vendant des CMS dernière génération, l’éditeur rappelle qu’il s’agit de l’élément le moins important dans la création d’un contenu. L’essentiel est d’améliorer l’usage et l’expérience, deux éléments qui passent pas un design adapté et un contenu de qualité. Au final, le numérique ne doit pas se faire au détriment du contenu, submergé par la tentation d’un trop plein de technologies. Même si le segment des guides de voyages gagne plus que d’autres à être adapté en numérique, le réussite du modèle du Lonely Planet peut servir d’exemple pour de nombreux éditeurs.

A découvrir, la keynote de Gus Balbontin à TOC, “From Gutenberg to Zuckerberg…”.

La sélection du jour #82

  • Le numérique et la rémunération des auteurs. – ZeBook
  • Qu’est ce qu’un livre électronique ? – Thierry Crouzet
  • Pourquoi la littérature ne parle-t-elle pas d’Internet ? – InternetActu
  • L’”iPadification” du Web – Venture Beat
  • Les kiosques numériques sont-ils la solution ou le problème de la presse en ligne ? – Owni
  • Les auteurs sont-ils responsables devant leurs lecteurs si un e-libraire ferme ? – GigaOM
  • Le New York Times publie un livre électronique sur Wikileaks – Le Figaro
  • Amazon augmente les royalties des éditeurs canadiens à 70% sur chaque vente. – Teleread
  • Tutorial : Comment créer un ebook pour iBooks? – iPad et Vidéo
  • L’Archos 70b eReader testé par un lecteur de Blogeee. – Blogeee
  • Un français teste le NookColor. – Nieudan
  • Le NookColor adopte Honeycomb (Android 3.0) avec un hack. – Engadget
  • Le prix de la Galaxy Tab n’en finit plus de baisser… – Blogee
  • Le Digital Book World en quelques chiffres. – SoBookOnline
  • Virginie Clayssen interviewée lors du Digital Book World. – Teleread

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Bragelonne : 10 000 livres électroniques vendus en deux mois

ERRATUM : une erreur s’est glissée dans les chiffres présentés par Le Motif. Il ne s’agit pas de 20 000 livres numériques mais de 10 000 exemplaires vendus.

Fin Novembre, les éditions Bragelonne annonçaient la commercialisation de leur catalogue en numérique. Avec, dés le lancement, près de 100 ouvrages au format ePub, vendus entre 2,99€ et 12,99€ sans DRM et distribués par l’intermédiaire des principaux e-libraires (FnaciBookstoreePagineImmatériel), l’éditeur spécialisé dans la littérature de l’imaginaire, avait mis toutes les chances de son côté pour se lancer sereinement à la conquête du marché du livre électronique.

Et il semblerait que les choix effectués aient porté leurs fruits, puisque 10 semaines seulement après le début de l’aventure, les éditions Bragelonne ont annoncé avoir vendu près de 10 000 livres numériques pour un chiffre d’affaire global de 50 000€.

Des chiffres très encourageants donc, qui viennent récompenser l’absence de DRM et la politique de prix agressive de l’éditeur. Des chiffres qui viennent confirmer qu’en présence d’une offre légale attractive, la demande est bel et bien là, et disposée à rémunérer auteur et éditeur pour un livre électronique.

Espérons en tout cas que d’autres petits éditeurs “traditionnels” s’inspirent de la réussite de Bragelonne pour se lancer à leur tour dans le numérique.

Pas de bourses du CNL pour le livre numérique

Les bourses d’écriture délivrées par le Centre National du Livre sont destinées à des « auteurs d’expression française dont le caractère professionnel est déjà attesté par des publications  à compte d’éditeur. » Les critères d’éligibilité sont divers mais l’un d’eux a retenu mon attention : « pour les romanciers, justifier d’un ouvrage publié en langue française à compte d’éditeur et à plus de 500 exemplaires. » Ayant un doute sur la notion exacte d’exemplaires, je prends contact avec le bureau des auteurs du CNL.

La réponse est claire : il s’agit d’un tirage de 500 exemplaires au moins et en une seule fois. Ma seconde question l’est tout autant : comment peut-on parler de tirage dans l’édition numérique qui pratique également les contrats à compte d’éditeur ? C’est assez simple malheureusement. Le CNL ne considère pas les livres numériques comme des livres. Autrement dit, un auteur de livres numériques ne peut pas demander de bourses d’écriture. Il va sans dire également, pour l’avoir demandé, qu’un auteur papier ne peut pas solliciter de bourses pour un projet d’écriture numérique. Non, l’édition numérique n’existe pas au CNL en ce qui concerne les bourses d’écriture.

Pourtant les missions de cette institution, qui s’appelait jusqu’en 1993 Centre National des Lettres (nom qui avait le mérite de ne pas s’attacher au support), telles que définies par le décret du 19 mars 1993, sont claires. Il s’agit entre autres « d’encourager tous les modes d’expression littéraire et de concourir à la diffusion, sous toutes ses formes, des œuvres littéraires ».

J’ose espérer qu’il ne s’agit que d’un retard d’adaptation, dû aux lenteurs de l’administration, mais à l’heure où le marché du livre numérique en France tend à se développer, il est dommage de ne pas permettre aux auteurs, à travers des aides financières, d’y participer encore plus.

Random House : la croissance du numérique se poursuit


Plus rien ne semble arrêter la croissance du secteur numérique chez le premier éditeur mondial, Random House. Alors que la société annonçait récemment qu’elle atteindrait l’objectif de 10% de son chiffre d’affaire réalisé avec le livre numérique, de nouvelles données sont venues expliquer ce premier chiffre.

Lors de l’annonce des résultats de la société (via AuthorLink), nous avons pu apprendre que les ventes numériques de Random House US ont connu une croissance de 300% sur les 6 derniers mois. De plus, cette situation est identique dans les filiales du groupe au Royaume-Uni et en Allemagne. Dans ces deux pays, Random House souligne que son catalogue numérique vient d’atteindre les 20 000 titres (un chiffre non négligeable en Europe où les catalogues numériques sont encore modestes).

Même si elle est de moindre envergure, l’ensemble du secteur de l’édition américaine bénéficie de la croissance du livre numérique. Ainsi, pour la première fois de la courte histoire de l’édition numérique, l’IDPF a annoncé que les ventes d’ebooks ont atteint les 119,7 millions de dollars (pour Q3 2010). Au trimestre précédent, celles-ci s’établissaient à 88,7 millions de dollars. Pour rappel, ces chiffres ne prennent pas en compte les ventes effectuées chez Amazon qui demeurent secrètes.

A votre avis, par combien faudrait-il multiplier ce chiffre de vente pour avoir celui de l’industrie globale, comprenant ainsi les achats réalisés sur le Kindle Store?

eBook : Random House en route vers les 10% de CA en numérique


Le leader mondial de l’édition, Random House, semble avoir réussi son entrée dans le numérique. Avec un partenariat très lucratif autour du Kindle Store, l’éditeur voit le numérique prendre une part de plus en plus importante dans ses résultats comme le rapporte Reuters. Son président, Markus Dohle, déclare ainsi que le numérique représente déjà 8% du chiffre d’affaire de l’entreprise aux Etats-Unis grâce aux ouvrages de Dan Brown, John Grisham ou encore Stieg Larsson. Et le passage à la nouvelle année devrait être le moment de franchir un nouveau cap, celui des 10% du chiffre d’affaire global de la maison.

Visiblement, Random House semble avoir pris la tête des éditeurs distribuant leurs contenus numériques en transformant ce qui était il y a un an un marché de niche en quelque chose de beaucoup plus lucratif. D’ailleurs, il ne serait pas anodin que cela soit en partie attribuable aux choix stratégique retenus par l’entreprise. Random House est le dernier des grands groupes d’édition à ne pas avoir adopté le modèle d’agence. C’est pour cette raison que l’on trouve uniquement les ouvrages de l’éditeur sur le Kindle Store et non pas sur l’iBookstore. Sur ce point, Random House n’a peut être pas fait un mauvais choix.

Interrogé sur le modèle d’agence, Markus Dohle reste réservé, “Nous devons vraiment réfléchir si nous voulons ce changement radical dans notre modèle économique” avant de rajouter, “Est-ce que les éditeurs savent fixer le bon prix de vente… Cela n’a pas été notre métier par le passé”. De toutes les manières, l’iBookstore est présent depuis seulement quelques mois tandis que le Kindle Store est en place depuis trois ans. “Nous pensons que nous devons observer attentivement pour trouver un modèle économique durable pour les années qui viennent”, conclut le patron de Random House. Et contrairement à ce que pense certains de ses concurrents, cela se fera peut-être pas l’intermédiaire du service d’Amazon.

Magazines : les revenus publicitaires repartent à la hausse


Est-ce que la conjoncture actuelle serait bénéfique aux éditeurs de magazines? Après deux années très difficiles, les revenus publicitaires semblent repartir à la hausse, comme l’a présenté The Association of Magazine Media, dont les chiffres sont rapportés par le Wall Street Journal. Les revenus générés par les pages de publicités ont augmenté de 3,6% sur les trois derniers mois. De plus, il s’agit du deuxième trimestre de croissance consécutif. Cependant, la situation n’est pas la même suivant les groupes et les titres de presse. Parmi eux, le magazine WIRED du groupe Condé Nast a su tirer profit du numérique car ses revenus publicitaires ont fait un bond de 32,8% au dernier trimestre. Même si cela n’a pas été confirmé par la société, il est fort probable que cette croissance soit due à la version iPad du magazine qui connaît un vif succès. En effet, les ventes numériques ont égalé pour le premier titre les ventes papiers.

L’iPad serait-il un nouvel eldorado pour la publicité presse?

Portrait : Alexandre Jardin fait le saut du numérique avec FanFan2

Rendez-vous un matin de septembre dans le nord-ouest de Paris pour un entretien avec Alexandre Jardin. Le thème, le « numérique », pourrait surprendre les nombreux admirateurs de l’auteur. En effet, ce dernier est quasiment absent du web : pas de page Facebook officielle, aucun site web à l’horizon et  aucun ouvrage papier disponible en ebook. Avant même de le rencontrer, cette non-existence numérique nous a interpellés. Pourquoi se lancer subitement dans ce nouvel univers?? Coup de com’ ou appropriation lente et réfléchie du nouveau média?? Le logo d’Orange, présent sur la plaquette de presse, incite à retenir la première option. Et pourtant…

La surprise est de taille. Une véritable réflexion sur le rôle du numérique au service de l’écriture a été menée. Bien au-delà de l’ebook homothétique, la question qui semble avoir irrigué tout le projet est la suivante : si nous devions raconter une histoire en numérique, comment le ferions-nous??

De cette réflexion, Alexandre Jardin et les équipes d’Orange (une vingtaine de personnes au total) ont développé un texte (malgré sa naissance sur le papier) 100% numérique?! En effet, l’aventure débute à la parution de l’édition de poche de FanFan2, le 27 octobre (la version Broché ayant vu le jour l’année dernière). Alexandre Jardin a, dans cette nouvelle édition, revu la fin du roman en laissant son héros éponyme créer un site Internet, FanFan2.fr (site actif à partir du 27 oct.) sur lequel il partagera ses états d’âme et questionnements.

Le récit, en se déployant dans le virtuel, s’offre alors une nouvelle vie. À travers un site internet, une application iPhone/iPad et Android (qui sera proposée gratuitement, mais aussi dans une version payante, « autour du prix d’une rose » se plait à préciser Alexandre Jardin), mais aussi par le biais des réseaux sociaux (Facebook et Twitter), l’auteur va conter au jour le jour la suite des aventures d’Alexandre qui cherche à maintenir la flamme de son amour avec Fanfan. L’expérience est massive et cross-plateform afin de toucher un large lectorat. Au fil des jours, les lecteurs sont invités à participer au déroulement de l’histoire et leurs avis viendront modifier le cours de l’aventure, sous la plume (pour être plus exact, le clavier?!) de l’auteur.

Derrière la prouesse technique de ce récit multiplateforme, la motivation de l’auteur est de transformer nos smartphones en outils d’émotion. Et seulement avec des mots?! On peut se demander grâce à un sujet populaire (tel que « comment faire rêver sa nana ») Alexandre Jardin, par le biais de cette expérience numérique, va réussir à « mettre du romanesque à l’intérieur de notre quotidien ». En tout cas, ce n’est pas le temps qui manquera, car la durée de l’opération (du 27 octobre au mois de mai 2011) fait de ce marathon littéraire une expérience unique en son genre.

Mais pourquoi cette initiative vient-elle d’un auteur encore attaché au papier et non pas d’un pure-player du numérique?? Il nous a semblé qu’il s’agissait d’une conviction personnelle de l’auteur de « Chaque Femme » est un roman qui le pousse à voir derrière les outils numériques un moyen d’inventer un nouveau genre, universel et capable de gommer la frontière entre la fiction et le réel.
L’autre ambition de cette expérience est de concevoir des outils réutilisables ainsi qu’une nouvelle grammaire, qui pourront être utilisés par d’autres auteurs désireux d’entrer dans le numérique.
La discussion que nous avons eue avec Alexandre Jardin a été tout autant passionnée que passionnante?! Son volontarisme et son regard sur les changements offerts par le numérique laissent toutes les chances à l’expérience FanFan2.fr de connaître le succès et il faut avouer qu’un projet d’une telle ampleur est une première. Quelles seront les réactions des lecteurs?? Il serait malvenu de donner une réponse. Au lancement du site le 27 octobre, l’auteur et son équipe feront un saut dans le vide. Risqué?? Sûrement. Mais pourquoi ne pas s’y jeter?? Un résumé de la motivation d’Alexandre Jardin dans cette aventure?? Un « Il faut y aller » plein de convictions?!

Chronologie

  • 1965 : Naissance à Neuilly-sur-Seine.
  • 1986 : A 20 ans, son roman, Bille en tête, reçoit le prix du 1er Roman. Il est diplômé de Sciences Po Paris la même année.
  • 1988 : Il reçoit le Prix Femina pour son deuxième roman, Le Zèbre.
  • 1990 : Première publication de Fanfan qu’il adaptera au cinéma en 1993, avec Sophie Marceau dans le rôle de Fanfan et Vincent Pérez dans celui d’Alexandre.
  • 1996 : Réalisation du film Oui.
  • 1999 : Création de l’association “Lire et faire lire”.
  • 2000 : Réalisation du film, le Prof.
  • 2004 : Les Coloriés, une collection d’ouvrages destiné aux enfants.
  • 2008 : Publication de Chaque femme est un roman.
  • 2009 : Publication de Quinze ans après, aux Éditions Grasset.
  • 2010 : Lancement de l’expérience Fanfan2.fr à l’occasion de la sortie de la version poche de Quinze ans après.
  • 2011 : Sortie d’un nouveau roman.

Interview

eBouquin : Pourquoi cette expérience?? D’ailleurs, en est-ce une ou bien voyez-vous cela comme une nouvelle étape dans l’écriture?

Alexandre Jardin : C’est bien une expérience, mais grandeur nature?! Il est bien sûr possible de la mener dans notre coin, mais nous sommes à un moment de l’histoire du livre où il faut que ce genre d’essai soit mené dans la rue, sur l’ensemble des réseaux.
Je suis surtout excité par le fait que cette nouvelle technologie (dixit : le roman numérique) permette de mélanger fiction et réalité. L’arrivée massive des smartphones va me permettre de raconter des histoires tout en immergeant le lecteur dans une fiction qui ne le quittera plus. Lorsque vous allez au théâtre, vous acceptez de vivre une histoire qui se déroule sur plusieurs jours ou années, mais condensée dans une heure et demie de récit, cependant, le roman numérique permet de concevoir des fictions dans l’instantané afin de faire disparaître la frontière entre la fiction et le réel. C’est une opportunité historique.

Bien entendu, je vais continuer à écrire des livres papier, car si le numérique permet certaines choses, le papier en permet d’autres.

EBQ : Mais ne risque-t-on pas de perdre le lecteur en abolissant cette frontière?? Arriveront-ils à faire la différence entre fiction et réel??

AJ : J’ignore totalement quelles vont être les pratiques de lecture. Il y aura des gens qui seront accros, d’autres qui reviendront de temps en temps. Il est difficile de savoir, à ce stade de l’aventure, comment les lecteurs vont appréhender ce genre d’histoires. Lorsque le héros informe qu’il fera une surprise à FanFan à 15h35, regarderont-ils leurs smartphones dès la mise en ligne (et depuis le bureau) ou attendront-ils de rentrer chez eux le soir afin de découvrir l’histoire d’une traite?? Peut-être que les générations actuelles refuseront le temps réel. C’est impossible à savoir… (rires.)

EBQ : À partir de la sortie de la version poche de FanFan2 (le 27 octobre jusqu’en mai 2011), les lecteurs pourront suivre la suite de l’histoire. Comment avez-vous fait pour imaginer un récit d’une telle longueur??

AJ : Je dois vous avouer que lorsque j’ai signé avec Orange je n’avais pas imaginé l’ampleur de la chose?! Comment vais-je y arriver??! (rires) Le volume à écrire est lourd. Mais on est rapidement pris par son propre récit. J’ai moi-même envie de savoir ce que pensent les personnages, de les faire interagir par le biais de mail, de SMS, etc. Le volume a rapidement dépassé ce que nous avions prévu avec l’équipe. Et cela, sans même prendre en compte les futurs avis des lecteurs. Il est fort possible que les internautes se prennent au jeu, interviennent dans le récit et proposent des idées que nous pourrons ensuite intégrer dans le cours du récit. Le pari est de faire vivre un personnage en même temps que le lecteur. Le héros lira les journaux, réagira face à l’actualité, sera victime d’insomnies… C’est un vrai récit en temps réel.

EBQ : Vous êtes considéré comme un pionnier dans cette nouvelle branche de l’écriture. Souhaitez-vous être rapidement rejoint par les autres écrivains??

AJ : Les autres écrivains, tout ce que je souhaite, c’est qu’on en parle. Si le concept prend — ce que nous ignorons encore —, il va falloir venir. Il va falloir que l’on investisse le terrain. C’est très important pour la culture et pour la qualité de notre langue. C’est le job des gens de « mots » d’arriver dans le numérique avec leur langage. Je ne voudrais pas que la culture numérique se développe contre la culture de l’écrit papier. Ce serait une folie, une faute culturelle?! J’en discute avec quelques amis écrivains, mais j’aimerais bien qu’il y ait une « meute » derrière. Étant donné que nos produits numériques seront extrêmement différents, nous apprendrons beaucoup les uns des autres. Ce qui est formidable avec le numérique, c’est la souplesse des outils?!

Ce ne sont pas les constructeurs de calèches qui ont inventé les bagnoles. D’autres auteurs vont émerger et ceux-ci ne viendront pas du papier. Les nouveaux modes d’expressions s’inspireront des auteurs traditionnels au début. Viendront ensuite des Goscinny qui réinventeront leur art?!

EBQ : Selon vous, cette expérience est-elle une histoire d’idée ou de moyens??

AJ : Les deux. Même dans un groupe comme Lagardère, Livre de Poche, les ressources n’existent pas. On finit donc par se retrouver à travailler avec des techniciens qui ont déjà réfléchi aux changements culturels liés au numérique et à la place que peut prendre cette nouvelle forme d’écriture dans notre société.

EBQ : Pourquoi ne pas avoir fait cette expérience à la sortie de la version brochée de Quinze ans après??

AJ : Au début, j’avais pour idée de l’adapter en film, comme j’avais adapté FanFan 1, mais je me suis rendu compte que l’aventure de création est plus forte dans le numérique. On connaît la grammaire du cinéma. Avec le numérique, la part d’innovation est sans contrainte, car les grammaires narratives ne sont pas encore constituées. Entre ce que j’ai imaginé pour les premiers épisodes et ceux qui viennent ensuite, j’ai appris et imaginé un nombre considérable de nouveaux procédés. Je me suis amusé à lier les différents supports afin de renvoyer le lecteur de Twitter à Facebook ou au site FanFan2.fr. Le héros prendra des photos qu’il postera en ligne, le lecteur pourra lire ses mails ou ses SMS, etc. La construction d’un récit numérique est totalement libre.

EBQ : N’est-on pas plus proche du jeu vidéo que d’un bouquin ?

AJ : Le terme de transmedia serait plus approprié?! Par moment, l’internaute aura accès à des photos puis ensuite à des films, tout dépendra de ce que le personnage voudra faire partager. Il y a plein de jeux vidéos qui n’ont pas de sens, alors qu’ici on sait très bien que lorsqu’il n’y a plus de jeu dans une relation amoureuse, il n’y a plus de couple. On propose là un jeu par le biais d’un récit, mais ce jeu existe réellement dans nos vies. Un mari qui ne surprend jamais sa femme est en grand danger. Pour que l’histoire devienne participative, il faut qu’il y ait une ambiance. Je ne sais pas comment ce récit va être pris : est-ce que cela va exaspérer des hackers ou être pris comme un ballon d’oxygène??

Cela fait partie de l’aventure.

EBQ : Que souhaitez-vous apporter à vos lecteurs avec ce récit interactif??
AJ : La grande jouissance que j’attends est de savoir que des lecteurs testent eux-mêmes certaines scènes?! On prétend qu’il est toujours possible de mettre du romanesque dans notre quotidien et je veux voir comment les lecteurs vont le vivre.

EBQ : Contrairement aux tirages papier, vous ne savez pas combien de lecteurs vous aurez. Est-ce que cela est perturbant??

AJ : En effet, on ignore totalement les formats de fréquentations. Le récit va-t-il regrouper 200 personnes, 3000, 70 000 ou 2 millions?? Les lecteurs seront-ils assidus tout au long de la journée ou liront-ils l’histoire d’une traite le soir?? Il est difficile, dans ces cas là, de savoir où sont placées les notions d’échec ou de réussite. Est-il mieux d’avoir un million de lecteurs ou bien un noyau dur de suiveurs?? Aucun repère n’est encore fixé et cela contribue à faire de ce projet une véritable expérience.

EBQ : Cette expérience d’écriture s’écoulera de la fin du mois d’octobre au mois de mai 2011. Est-ce que les contenus resteront accessibles ad vitam aeternam??

AJ : Le projet est intitulé Saison 1. La durée de vie du contenu n’est pas encore fixée, mais il ne serait pas improbable qu’un lecteur puisse se replonger dans l’histoire dans quelques années ou que des archéologues du web le redécouvrent dans quelques décennies. Ce sont des questions auxquelles nous n’avons pas encore de réponses. Nous allons découvrir cela en route.

EBQ : Vos précédents livres ne sont pas disponibles en numérique. Pourquoi??

AJ : Je ne suis pas contre cette idée en tant qu’auteur. L’idée me gêne plus lorsque je me place du point de vue du lecteur. Je serai plutôt pour différer les sorties, accéder d’abord au livre papier puis aller ensuite au numérique. Si j’ai gardé mes droits numériques, c’est que je ne veux pas encore les publier. Lorsque j’écris, je le fais pour être lu sur du papier. Avec le numérique, je conçois pour un smartphone. Les deux supports se complètent. Ce sera la première fois que l’on aura un ouvrage de littérature générale qui glissera vers le numérique.

EBQ : Vous avez fondé, il y a plusieurs années, l’association « Lire et faire lire » afin de promouvoir la lecture chez les jeunes. Pensez-vous que le numérique va leur redonner goût de lire??

AJ : Pour moi, c’est le retour de l’écriture. Le XXème siècle était celui des metteurs en scène. Le XXIème siècle, grâce au numérique, va être celui des écrivains. Je suis très étonné que le monde littéraire ne s’en soit pas encore rendu compte. Il voit encore un ennemi dans ce qui va sauver l’écrit. Et, oui, le numérique est de l’écrit?! Quel que soit le metteur en scène, la culture de l’image s’est incroyablement banalisée et l’on assiste aujourd’hui à un retour du côté des « raconteurs d’histoires ». Des histoires qui peuvent être racontées sous forme de bulles, de tweets ou encore de blogs.

Propos recueillis par Clément Monjou et Marie-Laure de Buor

Nos précédents portraits d’auteurs numériques :

La sélection du jour #64

  • A l’heure du numérique, les temps sont durs pour les auteurs  - Wall Street Journal
  • De l’évolution de l’art de raconter des histoires - La Feuille
  • Xerox va vendre des Espresso Book Machines - Teleread
  • Android intéresse de plus en plus de développeurs - iGeneration
  • Adobe va alléger le poids de certains magazines pour iPad - iGeneration
  • Un test du Samsung E60. Verdict : obsolète – Teleread
  • Le Literati de Sharper Image déçoit - Teleread
  • Delta Electronics pourrait lancer un reader à écran couleur en décembre - eInk Info
  • Les prix des nouveaux PocketBook annoncés – The Digital Reader
  • ePagine France et Benelux à la foire de Francfort du 6 au 10 octobre – ePagine
  • Air le mag, le mensuel de McDonalds arrive sur iPad – iPadd.fr

Tactilis : crayon et papier au style numérique

Voici une nouvelle application qui contribue un peu plus à l’élaboration du calepin numérique idéal. Appelée Tactilis, elle a été développée par la société Trayser, qui se penche depuis longtemps sur les questions de saisie numérique. Et le fruit de leurs recherches a débouché sur une application plutôt réussie, qui enterrerait presque la feuille de papier et le bon vieux crayon. Cette première démonstration vidéo est assez impressionnante.

Système de saisi d’écriture manuscrite, aide au tracé (règle et compas virtuels) etc. Les développeurs de Tactilis ont redoublé d’ingéniosité pour concevoir leur application. Elle devrait vite être adopté par les amateurs de ce type d’outils (en plus avec son prix très abordable car elle est gratuite !). Reste que l’iPad est un outil encore lourd. Peut-être qu’une version plus mobile, couplée à une application comme Tactilis, pourrait donner vie au rêve d’un calepin numérique et connecté.

Le CNL publie un guide à destination des éditeurs

Le Centre National du Livre met à disposition des éditeurs un guide complet expliquant les nouveaux enjeux du métier à l’heure du numérique. Composé également de fiches pratiques concernant la chaîne du livre, d’adresses et de liens utiles, ce guide s’avérera précieux pour les professionnels du secteur et les personnes intéressées par le métier d’éditeur.

USA Today fait le pari de l’édition numérique

USA TODAY for iPad

La situation de la presse quotidienne américaine n’est guère plus enviable que celle de ses confrères français. Depuis plusieurs années, la chute des revenus publicitaires plombe les comptes de ces grands groupes tandis que le coût de la distribution papier continue de vider les caisses. Alors pour un quotidien comme USA Today, le numérique a de quoi séduire.

Avec des volumes de vente qui sont passés de 2,3 millions d’exemplaires en 2007 à 1,83 millions en moyenne aujourd’hui, une action qui a chuté de 78% en 4 ans, et une nombre de pages publicitaires vendues divisées par 2 depuis 2006, USA Today a tous les symptômes du titre du presse déclinant. Comme le rapporte le site AppleInsider, le mot d’ordre actuelle à l’intérieur du titre serait “Moins se focaliser sur l’imprimé… et produire plus de contenus pour toutes les plateformes (Web, mobile, iPad et autres formats numériques”.

Après le grand succès de son application pour iPad (USA Today for iPad), le conglomérat Gannett&Co (qui posséde USA Today et 80 autres titres de taille moindre) est le premier à recentrer sa stratégie par rapport aux nouveaux appareils mobiles.

Pour John Hillkirk, rédacteur en chef de USA Today, la décision n’a pas été difficile à prendre, “Nous devons aller là où se trouve l’audience”. Puis pour rajouter “Si les gens sont fanatiques de l’iPad, ou de l’iPhone ou encore d’un autre appareil mobile, nous devons être là avec le contenu qu’ils veulent, et quand ils le veulent”. Le changement va aussi toucher les équipes du quotidien, dont la division commerciale va venir étroitement collaborer avec la rédaction, “pour aligner l’effort commercial avec le contenu que nous produisons”.

Beaucoup de changements du côté de USA Today qui pourraient avoir une conséquence sur le travail des journalistes du titre. A cette inquiétude, Dave Hunke, éditeur du quotidien, répond que “en aucun cas nous ne compromettrons notre intégrité”. Du numérique et du vrai journalisme. Espérons que les efforts de USA Today vont payer.