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Amazon : une offre numérique à la qualité inégale

Lecture...

Si les coquilles du Goncourt corrigées par la communauté pirate ont monopolisé une bonne partie de l’attention, les lecteurs numériques ont plus à s’inquiéter de la qualité de mise en forme de certains fichiers commercialisés. Tandis que le niveau global des EPUB s’améliore (sauf pour certains qui ne manquent pas de tomber sous les critiques du lecteurencolère), la situation est bien plus inquiétante du côté des Mobipocket ou de la déclinaison la plus récente du .AZW. Arrivé il y a un mois en France, Amazon débarque avec une plateforme de lecture fondée sur un format différent du standard international, avec ses particularités. Pourtant, les éditeurs, avertis au préalable de l’arrivée du géant américain, sont au travail depuis cet été.

Pour être accessibles sur la librairie numérique d’Amazon, les éditeurs doivent convertir leur catalogue. Pour faciliter la transition, Amazon propose aux maisons de lui fournir des fichiers EPUB qui seront convertis en format Kindle par le biais de KindleGen. Mais le résultat peut laisser à désirer, puisque KindleGen modifie les feuilles de style en les simplifiant. Et si l’éditeur laisse la main à Amazon, il ne peut voir le résultat de la conversion avant sa commercialisation. S’il y a des chances que KindleGen2 change la donne, la seconde solution à disposition de l’éditeur est de générer ses propres Mobipockets, à partir d’un fichier EPUB, et d’effectuer les éventuelles corrections à la main, dans le code, ce qui n’est pas à la portée de tous.

Cela n’a pas empêché, pour certains ebooks commercialisés, d’être bien différents leurs versions EPUB équivalentes. Le dernier Goncourt, dont l’EPUB a été réalisé par ePagine, mais visiblement converti à l’aide de KindleGen par Amazon, n’a pas échappé à la tendance. La conversion de masse a été privilégiée, au détriment de la qualité des fichiers, même si certains ne manqueront pas d’être vendus à plusieurs milliers d’exemplaires sur la librairie numérique d’Amazon.

Version officielle ou adaptation officieuse, à la recherche d’un ebook de qualité

Au premier lancement, le lecteur sera surpris de découvrir que l’ebook de Gallimard comprend deux couvertures. L’équivalent de la page de garde est complètement destructuré, indigne des éditions papier de la maison. Les débuts de chapitre ne sont plus formatés par la feuille de style de l’EPUB et la navigation dans le fichier est laborieuse. Même si l’ebook est chapitré, il est impossible d’appeler la table des matières depuis le menu adéquat.

Une couverture... en double.

Mais où est passée la feuille de style ?

Ici aussi, pas de feuille de style.

Le texte est bien là mais la navigation laborieuse.

Impossible d'appeler la table des matières depuis le menu.

À 16,80€ l’ebook, le lecteur est en droit de demander un fichier de meilleure facture… Mais est-ce que cela est la conséquence du format Mobipocket ? Pas totalement. Pour un même texte, il est tout à fait possible de faire quelque chose de présentable et sans beaucoup de travail supplémentaire. La communauté pirate n’a pas les moyens d’un grand éditeur et fonctionne avec des outils gratuits, souvent issus du monde du logiciel libre (Calibre, pour ne pas le citer), et une bonne connaissance des formats de livre numérique. Une vérification du fichier permet de corriger les problèmes de structuration de l’ebook. Au final, la version illégale est mieux formatée et plus agréable.

Une couverture mise à jour...

Ici, pas de problème de style après la conversion en .Mobi

Des têtes de chapitre plus travaillées

Une table des matières complète...

... et accessible depuis le menu.

Les grands classiques, mal-aimés de la mise en page

Les négligences sur les ebooks vendus sur la librairie Amazon sont assez nombreuses. Ces soucis ne touchent pas uniquement le dernier Goncourt et les ouvrages du domaine public sont souvent les moins biens lotis. Et cela même sur les versions commerciales de ces textes ! Depuis le lancement du Kindle en France, quelques ouvrages de la collection de classiques de l’éditeur Garnier-Flammarion sont en vente sur Amazon. Abordables (2,99 €) et commentés, ce sont de bonnes alternatives aux textes gratuits, issus du projet Gutenberg ou d’autres sources. Mais malheureusement, la qualité du Mobipocket laisse grandement à désirer. L’ouvrage Du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau en est un bon exemple.

A première vue, l'édition semble identique à la version papier...

Rapidement, on se rend compte que ce n'est pas le cas...

Il faut tourner de nombreuses pages avant d'atteindre le début du texte.

Aucune table des matières accessible depuis le menu.

Du texte en gras, tout le long de l'ouvrage.

Des chapitres qui se suivent, presque collés les uns aux autres.

Du gras, toujours du gras...

Impossible d'aller d'un chapitre à l'autre sans chapitrage correct.

Tout d’abord, tout le texte est formaté en gras. Même si cela augmente le contraste (l’écran E-Ink Pearl est déjà suffisamment lisible…), la lecture devient rapidement désagréable. L’ebook n’est pas chapitré et on ne peut pas appeler la table des matières depuis le menu. Autant dire que la navigation est laborieuse dans un texte déjà important et abondamment commenté dans cette édition. Le problème vient en partie du format Mobipocket qui ne gère pas la table des matières de la même manière que l’EPUB, du coup, la conversion d’un format à l’autre génère un mauvais rendu. Idéalement, l’éditeur devrait demander à son sous-traitant deux fichiers EPUB : l’un destiné à la commercialisation dans ce format (iBookstore, FNAC, ePagine, Immatériel etc.) et l’autre, « EPUB-friendly » pour permettre une conversion de qualité en Mobipocket/AZW. Dans le cas de l’édition Garnier-Flammarion, il faut reconnaître que la version vendue sur iPad est de bonne facture, comme le montrent les screenshots ci-dessous.

EPUB ou Mobipocket, même combat

Faut-il avoir un reader EPUB ou un iPad pour lire des fichiers correctement mis en page?? Non. Des éditeurs travaillent leurs fichiers Mobipocket. C’est le cas de Publie.net qui, après avoir constaté que la conversion automatique n’était pas idéale, a commencé à reprendre son catalogue pour optimiser l’affichage sur la plateforme Kindle. Du côté des éditeurs plus traditionnel, force est de constater que certains d’entre eux font aussi ce travail qualitatif, comme par exemple Robert Laffont.Chaque fichier destiné à la librairie d’Amazon est relu et adapté à la lecture sur Kindle avant sa mise en ligne. Le fichier est correctement chapitré, le texte répond bien aux ajustements permis par le moteur de lecture du Kindle et la table des matières bien présente. La bonne recette pour un meilleur confort de lecture sur un reader E-Ink.

Une table des matières accessible depuis le menu.

Une mise en page proche de la version papier et EPUB.

Les différents manques que nous avons pu relever ne sont pas propres aux fichiers Mobipocket/AZW mais touchent aussi les EPUB, même si une certaine expérience du format commence à être perceptible chez certains éditeurs (il serait plus juste de dire, chez certains prestataires). Cependant, l’arrivée du KF8 risque d’améliorer grandement la qualité des fichiers vendus par Amazon, grâce au support de nouveaux éléments, notamment les feuilles de style en CSS3 et d’autres fonctions absentes du Mobipocket qui commençait à prendre du retard dans certains domaines, notamment l’édition enrichie multimédia.

MAJ : Comment rendre la table des matières d’un EPUB accessible sur un Mobipocket après conversion? La réponse ici. Lire aussi le billet du Lecteurencolère sur la conception d’un fichier Kindle.

Gallimard : le dernier Goncourt corrigé par la communauté pirate [MAJ x4]

Vaut-il mieux pirater des ebooks que de les acheter légalement si l’on veut un fichier de qualité ? Malheureusement, le mauvais travail de certains éditeurs risque de donner raison à ceux qui ont cette pratique. On connaissait le très bon travail de certains teams de pirates sur la qualité de leurs fichiers EPUB (ou Mobipocket) et sur les corrections effectuées avant la mise en ligne. Visiblement, la pratique n’est pas la même chez Gallimard qui vend un fichier avec des coquilles. Et pas n’importe quel livre : le dernier Goncourt, L’art français de la guerre d’Alexis Jenni.

Un des plus importants réseaux d’ebooks piratés a publié sur Twitter une courte sélection des erreurs typographiques et des fautes trouvées dans le fichier EPUB commercial. La liste n’est pas longue, mais laisse penser qu’il n’y a pas eu de travail de relecture suffisant sur le fichier numérique mis en vente. Surtout lorsque l’EPUB coûte 16,80 € sur la FNAC et le Mobipocket chez Amazon !

Cliquer sur l'image pour agrandir

À quoi peut-on imputer ces erreurs ? Visiblement, il s’agit de coquilles de numérisation : les « ç » qui deviennent des « c », les « é » qui se transforment en « e », les points qui apparaissent après des mots en milieu de phrase, etc. Cela relève la méthode de production utilisée par Gallimard : un PDF qui passe par un système d’OCR (ce qui était une boutade n’a pas été pris comme tel visiblement…). Autant dire, une pratique que l’on pensait disparue pour les dernières nouveautés des grandes maisons. Espérons que l’éditeur centenaire va corriger son fichier numérique et proposer une mise à jour à ses clients (un processus simple à mettre en oeuvre sur l’iBookstore et le Kindle Store).

L’influence des teams pirates est indéniable, surtout dans un marché encore embryonnaire. Face à une offre de contenu encore limitée et parfois de piètre qualité (nous ne manquerons pas de revenir sur cette question), force est de constater que l’offre illégale est souvent de bien meilleure qualité. Les teams d’ebooks sont-elles les corsaires de l’édition numérique ? Verra-t-on émerger des éditions revues et corrigées par les lecteurs, tant les éditeurs semblent s’affranchir de certaines étapes essentielles du travail éditorial ?

Une fois de plus, il est bon de rappeler que la présence de DRM ne protège pas les fichiers de leur diffusion illégale. Nous ne ferons que répéter que ces mesures de protection sont illusoires et que l’abandon de tels dispositifs sera bénéfique au développement du marché. Supprimer les DRM, c’est rendre les ebooks hackables, transportables sur n’importe quelle plateforme et libres de permettre à l’utilisateur de les lire selon son propre usage de lecture numérique (application et niveau de partage). Et puis, cela permettra aux lecteurs de corriger les coquilles…

Mise à jour : À la suite des commentaires sur Twitter et des mails de certains lecteurs, il semble que ces coquilles soient aussi présentes… dans la version papier ! En tout cas, on les retrouve dans l’EPUB commercial. Pour la version Mobipocket, dont la qualité de mise en page n’est pas idéale (mais la faute est à partager avec le moteur de lecture Kindle assez capricieux et rustique), nous n’avons pas encore pu vérifier les similitudes. En effet, l’ebook n’est pas encore « indexé » sur notre reader. La technologie…

MAJ 2 : Péniblement, la recherche plein texte du Kindle se met à fonctionner, même si l’ebook n’est pas encore totalement indexé. Pour l’instant, les coquilles sont toujours là, ce qui n’est pas étonnant sachant que le fichier source est un EPUB converti par Amazon, par le biais de KindleGen.

MAJ 3 – 14/11/2011 : Compte tenu de l’évolution de cette histoire, il est nécessaire de faire un point sur les derniers éléments révélés sur le web ou les réseaux sociaux.

Tout d’abord, faisons le point sur les faits : ce qui n’était que quelques coquilles découvertes dans une version numérique, ce sont aussi révélées être présentes dans la version papier (en tout cas, dans leur grande majorité, car l’absence de recherche plein texte sur un texte papier ne facilite pas les vérifications). Il est donc logique que l’erreur ait été répliquée dans les différentes déclinaisons du texte. Plus surprenant, qu’elle soit passée au travers du filtre d’un éditeur comme Gallimard.

L’objet de ce billet était de relever, non sans un certain amusement, que les pirates, pourchassés par les grandes maisons, ne sont pas si inutiles à l’écosystème du livre numérique. Si l’on a relevé ici des coquilles, il y aurait bien plus à dire de la qualité des fichiers numériques commerciaux. En cela, le dernier Goncourt n’échappe pas à la règle. On ne peut même pas appeler la table des matières dans la version vendue sur le Kindle Store ! Un comble pour un fichier commercialisé…

Les moins complaisants s’amuseront aussi à relever que les dernières assises du numérique du SNE avait justement pour sujet la fabrication de fichiers, notamment en EPUB 3. Avant de passer à la version 3, pourquoi ne pas essayer de faire des fichiers EPUB et Mobipocket corrects ?

La conception de fichiers numériques, EPUB et Mobipocket, est un véritable enjeu économique, et pointer du doigt ces négligences n’est pas sans risque. À une époque où ces prestations sont constamment externalisées, le risque de défaillance augmente. Gallimard n’est pas le seul éditeur à proposer des fichiers dont la qualité laisse à désirer ou à oublier de corriger certaines erreurs. Une bonne partie des éditeurs commerciaux (« 100% numérique » ou traditionnels) est logée à la même enseigne.

Nous ne manquerons donc pas de revenir sur ce sujet, images à l’appui, pour démontrer que les ebooks commerciaux sont d’un niveau très inégal, en terme de qualité et d’ergonomie. Comme indiqué dans l’article d’origine, je pense que le développement du marché du livre numérique doit se faire avant tout sans concessions sur la qualité des textes commercialisés pour faciliter l’émergence d’usages de lecture numérique et limiter l’essor du piratage. Affaire à suivre.

Mise à jour 4 – 17/11/2011 : La team Alexandriz vient de communiquer sur son blog des coquilles repérées dans le Goncourt. Je me joins à leur étonnement quand au retentissement connu et les motivations de leur travail méritent d’être connue. Un billet long mais complet, une bonne #lecturedusoir !

En tout cas, ce pavé dans la mare aura eu le mérite de faire la lumière sur la qualité des fichiers commercialisés et les prix trop élevés de lignes de codes, parfois mal ordonnées. L’édition française a encore du pain sur la planche.

La sélection du jour #118

  • eReaders.nl, site d’actualité sur l’ebook, ouvre sa boutique de livres numériques. – The Digital Reader
  • Les libraires américains comptent bouder les livres édités par Amazon. – Teleread
  • Un nouveau reader LG et iRiver, spécialement pour le marché chinois? – The Digital Reader
  • Une librairie sur iPad pour le plus grand libraire arabe. – SoBookOnline
  • Le Wall Street Journal croît à l’écran Retina pour l’iPad 3. – iGeneration
  • Kno ajoute des vidéos dans ses manuels scolaires. – The Digital Reader
  • Un panneau solaire derrière l’écran de la prochaine iPad? – Engadget
  • Pourquoi pirate-t-on des livres ? – Le Comptoir de la BD
  • Créer des menus de restaurants à distribuer sur iPad. – iGeneration
  • 1000 iPad pour les écoliers angevins. – Angers

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Vu d’ailleurs : piratage et croissance de l’édition numérique en Ukraine

Alors que le livre numérique continue de se développer légalement, l’Association des éditeurs et des libraires ukrainiens s’inquiètent de l’essor du piratage. Les différents acteurs explorent des moyens afin de protéger leur marché et les contenus de leurs auteurs. L’Ukraine n’est pas un cas à part en Europe de l’Est puisque, comme en Russie, les pratiques de livre numérique se sont rapidement développées grâce à l’offre piratée.

D’ailleurs, les fabricants de reader ont même intégré un format propre particulièrement répandu dans ses pays, le FB2. Un format très employé sur les sites pirates locaux… PocketBook surfe d’ailleurs sur la vague d’une demande croissante pour les readers et les tablettes. Un nouvel acteur, le constructeur russe Wexler a annoncé un accord de distribution avec une chaîne locale pour vendre une nouvelle gamme de tablettes multimédias de base chinoise (en image ci-dessus).

Pour lire les articles complets sur SoBookOnline, rendez-vous ici et .

La sélection du jour #112

  • Domaine public : Gallimard échoue à faire bloquer 727 URL canadiennes – PCInpact
  • La version 2 de l’Adam de Notion Ink prévue pour décembre? MobileIndian
  • Overdrive propose aux bibliothèques américaines des ebooks sans DRM. – Actualitté
  • L’industrie du livre hésite toujours pour HADOPI. – Numerama
  • La numérisation et l’archivage d’une vie : MyLifeBits. – Microsoft Research
  • La LeapFrog, une nouvelle tablette pour enfants. – Engadget
  • Pas de loin sur le prix unique du livre chez les Suisses, même pas de projet pour l’ebook. – Tribune de Genève
  • Comment concevoir un livre en PDF de qualité? – The Book Designer
  • Le développeur de Kobo pour iOS débauché par Apple. – Quartermain
  • Les versions numériques de la saga Millenium bientôt sur l’iBookstore britannique. – The Independant
  • Lecture numérique : plus d’un Français sur quatre lit un ebook piraté – Actualitté
  • La guerre des chiffres en Amazon et Kobo. – Archicampus
  • Les derniers jours de Borders? – Wall Street Journal

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eBookZ : le point annuel sur l’offre légale et pirate

Près d’un an après la publication du premier rapport sur l’offre légale et illégale de livre numérique en France, le MOTif met son travail à jour. Ainsi, il est possible de retrouver dans un dossier détaillé l’ensemble des acteurs numériques, de la FNAC à Bibliosurf en passant par Feedbooks ou l’iBookstore. Pour chacun de ces distributeurs, les fonctionnalités qu’ils déploient sont référencées, notamment concernant le modèle économique et à la composition du catalogue. En comparant le cru 2011 avec leur précédent travail, l’équipe du MOTif a pu établir le constat suivant :

  • Une augmentation des plates-formes de livres numériques : + de 80 libraires-revendeurs ont une plate-forme web France, hors éditeurs en vente directe.
  • Un marché porté par le développement des liseuses et Smartphones (x3 en 2 ans), qui booste la demande et induit une offre d’opérateurs mobiles (Orange/ Milibris , Bouygues Telecom /Storylab, …)
  • Le développement de l’offre légale de livres numériques : Plus d’1 titre sur 3 des best-sellers de l’échantillon disponible en téléchargement légal : 33% contre 17 % en 2010
  • L’offre pirate augmente également, avec 36 % de disponibilité des titres du panel.
  • Un prix numérique moyen : 12,2 € (13,6 € hors BD), contre 15,5 € pour la version papier, soit un différentiel de 21,3%, contre 18 % en 2010 sur l’échantillon étudié.

Pourtant, la conclusion de l’étude montre encore le chemin qui reste à parcourir. Aujourd’hui, l’offre numérique ne représente pas plus de 15% de l’offre papier, soit 80 000 ebooks au total (contre 70 000 l’année dernière). Cependant, cette offre reste fragmentée et même si les acteurs se multiplient, qu’ils s’agissent de distributeurs généralistes ou spécialisés, l’utilisateur a encore du mal à s’aiguiller dans ce secteur naissant.

Pour l’instant, l’interopérabilité est l’apanage des réseaux pirates sur lesquels un même fichier est partagé entre les plateformes. Cependant, l’offre pirate reste à destination des initiés et tandis que les téléchargements par les canaux légaux augmentent. Le MOTif cite un chiffre : alors que la FNAC annonçait avoir enregistré plus de 120 000 téléchargements (gratuits et payants) en 2010, l’entreprise se targue d’avoir atteint le cap des 130 000 téléchargements dès le premier trimestre 2011.

Un marché français dynamique mais qui a encore du retard sur certains de ses voisins et particulièrement, le géant américain. Une diversification des offres, notamment vers l’abonnement, pourrait être un levier sur un marché où 90% des ventes correspondent à des achats à l’acte. Rendez-vous l’année prochaine pour voir si l’aventure française du livre numérique aura pris un nouveau tournant, notamment avec l’arrivée d’Amazon mais aussi de la TVA à 5,5%… ou du prix unique.

Pour télécharger le dossier 2011 du MOTif sur l’offre légale et illégale de livres numériques, rendez-vous à cette adresse.

La sélection du jour #103

  • Un prototype de calepin numérique chez Toshiba. – Engadget
  • Hanvon présente une interface tactile lowcost fonctionnant aux doigts et au style. – Liliputing
  • Un test de la Samsung Galaxy Tab 10.1 Limited Edition. Une réussite ! – Engadget
  • Le Sony Reader Daily Edition à 199$ chez Best Buy. – The Digital Reader
  • Un nouveau manuel sur l’ePub (audio et vidéo) par Liz Castro. – PigsGourdsandWikis
  • Les femmes de plus de 35 ans, pirates d’ebooks en puissance? - The Telegraph
  • Barnes&Noble limite l’espace disponible alloué aux contenus personnels sur le NookColor. – Teleread
  • La traduction et la recherche plein texte sur Google Books. – Google
  • Google met fin à son projet de numérisation des archives de presse. – Mashable

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La sélection du jour #98

  • Légaliser un ebook piraté, simplement en le commercialisant – Actualitté
  • Livre numérique : quand les auteurs s’en mêlent – Owni.fr
  • eBooks open a new chapter. – The Telegraph
  • Le marché EMEA des readers dépassera celui des Etats-Unis en 2015. - Generation-NT
  • Amazon lance une nouvelle version de son application Kindle compatible avec les tablettes Android “Honeycomb”. – IntoMobile
  • Prochaine matinale de Demain le Livre, le 10 mai sur le thème “Tablette tactile, ouvrage illustré et liberté éditoriale : une combinaison gagnante”. – Demain le Livre
  • Comment modifier un fichier PDF avec Open Office? – Forum CNet
  • Sony S2, Nintendo DS, OLPC, iPad, Sony S1 – Quel support pour le livre transmédia? – Bruno Rives

La sélection du jour #97

  • Que vont devenir les livres ? – La Feuille
  • Le livre numérique dépasse le livre de poche aux Etats-Unis – Le Figaro
  • Une interview de François Gèze, PDG des Editions La Découverte au sujet de l’évolution du secteur de l’édition et du futur du métier d’éditeur. – LecturesLab.ch
  • Deuxième numéro de Digitales, l’émission du livre numérique : “Google et la librairie”. – 1001Libraires
  • Piracy matters, but how much? – FutureBook
  • Streaming or Buying Books : Will Readers Choose a Subscription Model for E-Books ? – Read Write Web
  • Dear Hachette, you’re doing it wrong – BookSprung
  • Gatekeeping : necessary or not in the eBook era ? – An American Author

Gallimard : “le danger ce n’est pas le numérique, c’est la gratuité”

A l’occasion de sa série d’articles “Editores ante el final de la era Gutenberg”, le quotidien espagnol El Pais a rencontré Antoine Gallimard, pour discuter de l’avenir du livre et de l’édition numérique. Certaines déclarations sont édifiantes…

Voici quelques extraits de l’interview :

  • A propos de l’avenir du livre

Je ne suis pas inquiet quant à l’avenir du livre. Je suis certain que le livre conservera une place extrêmement  importante. Le livre électronique, loin d’annoncer la fin du livre, est au contraire une nouvelle opportunité pour celui ci. Un livre ne se définit pas seulement par un enchaînement de caractères, une mise en page et quelques chapitres… Et le livre numérique se présente lui, simplement comme un nouvel organe constitutif du livre. Comme la photographie, le livre numérique offre une grande flexibilité : différents formats, réimpressions limitées. Par conséquent, il constitue une opportunité formidable pour enrichir le catalogue et maintenir les livres en vie.

Je crois que l’avenir du livre dépend à la fois des éditeurs et des auteurs. Pour exercer cette profession il ne suffit pas d’aimer la littérature, il faut également aimer les écrivains, les lecteurs, le public. C’est une profession qui implique le désir de partager, à travers le livre, des univers imaginaires et secrets. Vargas Llosa l’a très bien expliqué lors de son discours du prix Nobel : “Raconter des histoires pour faire que la vie soit meilleure.” Nous aurons toujours besoin d’histoire pour améliorer notre vie. C’est pour cette raison que je crois que le livre à un brillant avenir.

  • A propos de la révolution numérique

La révolution numérique est une révolution technologique fondée sur la rapidité avec laquelle nous pouvons nous procurer du contenu. L’important est de savoir si cette révolution va transformer le comportement du lecteur ou influer sur l’imagination de l’écrivain. [...] Le danger n’est pas le numérique : comme je l’ai dit précédemment, l’édition numérique est une opportunité. Le vrai danger c’est la gratuité. Il ne s’agit pas d’accuser Internet mais le piratage. [...]

Gallimard a entamé des procédures judiciaires contre plusieurs fournisseurs d’accès tels qu’Orange, de façon à ce que ces derniers arrêtent d’héberger des sites depuis lesquels les internautes téléchargent illégalement des livres numériques. Nous avons réussi à faire fermer certains de ces sites, toutefois Orange nous a attaqué en retour au nom du libre accès à Internet.

En tant que président du SNE, je lutte aujourd’hui en faveur des droits d’exploitation numérique et pour l’établissement d’une loi qui assure le contrôle des prix du livre numérique, de façon à préserver à la fois la valeur du livre, de la création et de l’édition, mais aussi pour protéger les libraires et les écrivains.

  • A propos du piratage

Le livre est mieux armé que la musique, car, par nature, il n’est pas si immatériel. Le livre fait appel à tout nos sens : le toucher, l’odeur du papier, la vue… Et son intermédiaire historique est le libraire. En France, nous avons la chance d’avoir encore aujourd’hui de très bonnes librairies, contrairement au Royaume Uni par exemple, où le métier de libraire tend à disparaître.

Le monde de la musique n’a jamais réalisé le danger, mais le livre est arrivé plus tard que la musique dans l’univers numérique. Même les politiques, les médias et l’opinion publique ont pris conscience du risque. Désormais nous travaillons de façon à ce que l’offre de livres numériques soit aussi large et attrayante que possible, sans pour autant abandonner la lutte contre le piratage…

Lire l’intégralité de l’interview sur El Pais.

La sélection du jour #94

  • Tim O’Reilly on Piracy, Tinkering, and the Future of the Book – Forbes
  • Google Books : une fin en forme de nouveau commencement. – Affordance
  • Google Books Deal Not Dead, Only Resting, Authors’ Lawyer Says – Wired
  • Un livre électronique indonésien gratuit et financé par la publicité – The Jakarta Globe
  • Android se dote d’un outil de traduction speech-to-speech performant. – ARMDevices
  • Blio Reader maintenant préchargé sur tous les smartphones Android de T-Mobile US. – Engadget
  • Le point sur les deux nouvelles tablettes de Samsung. – Blogeee
  • Graphism Spécial “Livre” ! - Owni

La sélection du jour #93

  • Microsoft attaque Barnes&Noble. – iGeneration
  • L’accord Google Books n’est pas raisonnable – La Feuille
  • Le piratage des livres électroniques au Brésil - SoBookOnline
  • BD numérique : Désaccord persistant entre les auteurs et les éditeurs - BD Actu
  • As E-book Sales Explode, Consumption Patterns Change - GigaOM
  • Readum, un plugin de lecture sociale. – SoBookOnline
  • Un Kindle à gagner avec Europeana – Europeana
  • Turn your Kindle into a universal translator with Kindlefish – BookSprung

eBookZ 2 : le piratage contre-attaque

La première étude publiée par le MOTIF en octobre 2009, nommée eBookZ, revient dans une nouvelle édition actualisée sur l’état du piratage d’ebook en France. Car depuis sa première publication, les choses ont changé : arrivée de l’iPad, développement des canaux de distribution, un effort de certains éditeurs sur les prix et l’absence de DRM etc. Les caractéristiques françaises ne sont plus tout à fait les même qu’en 2009. Mais cela n’empêche pas le piratage. A mesure que les terminaux de lecture se développent, le besoin de contenus se fait de plus en plus important. Et l’offre de piratés a augmenté en proportion.

Depuis 2009, le nombre de titres disponibles sur les réseaux est passé d’une fourchette de 1000-1500 oeuvres à près de 3000 références. Le secteur de la BD est particulièrement touché avec 6000 à 7000 titres disponibles sur un total de 30 000 en offre légale papier. Attention : croire que l’offre piratée cannibalise les ventes d’ebooks sont difficiles à corréler : en effet, le catalogue de titres piratés représente 2% du catalogue papier de l’édition française. Pour l’instant, les éditeurs ont encore de l’avance avec une offre légale un peu plus développée notamment sur la FNAC, iBookstore ou bien d’autres.

Certains genres sont plus touchés que d’autres : la littérature représente pour 44,8% des titres piratés tandis que les ouvrages techniques arrivent juste derrière avec 37,7%. Du coup, les éditeurs comme Gallimard, Dunod ou encore Eyrolles sont particulièrement touchés. Pourtant, on ne trouve pas d’ebook de ce dernier éditeur dans le top-10 des plus piratés. Dans ce classement, la fiction monopolise les premiers rangs, avec en tête le dernier Virginie Despentes, “Apocalypse Bébé”. La science-fiction et le fantastique sont aussi bien représentés dans les titres les plus pirates. Enfin, le démocratisation de la pratique du téléchargement en direct download au détriment du P2P facilite l’accès au contenu tout en évitant d’être surveillé par l’HADOPI. Tout cela ne fait que commencer…

Pour lire et télécharger l’étude du MOTIF, rendez-vous sur le site officiel.

Le piratage des livres numériques ne fait que commencer…

Honte à nous ! Nous sommes tous des pirates ! D’après une étude menée par la Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet (HADOPI), 49% des internautes français se seraient procurés des contenus culturels de manière illégale, dont 29% durant les six derniers mois (l’effet HADOPI ?). Les 15-40 ans seraient les principaux concernés par ces pratiques (70% des 15-24 ans, 55% des 25-39 ans) tandis que la musique et les films seraient les biens culturels les plus prisés sur les réseaux de partage.

Le livre apparaît pour le moment en dernière position de ce classement, avec “seulement” 29%. Un chiffre néanmoins important compte tenu de la qualité inégale des livres électroniques illicitement en circulation, et sûrement affolant si l’on s’amusait à observer la progression du piratage dans le secteur depuis l’an dernier.

Ce n’est pas faute de l’avoir répété au cours des derniers mois. L’éclosion du piratage des livres électroniques est logique et prévisible. Elle est la conséquence d’une offre légale peu attractive : faible choix, prix disproportionné pour un produit dématérialisé, protections contraignantes pour l’utilisateur (DRM).

Pourtant l’étude révèle que “les internautes admettant des usages illicites sont de plus gros acheteurs de biens culturels que les autres”. A vouloir protéger à tout prix le livre papier, le monde de l’édition serait-il en train de tuer le livre électronique ?

Alors que le Kindle et la lecture numérique se démocratisent de façon fulgurante outre-Atlantique, le marché français reste embryonnaire faute de faire les efforts nécessaires pour accompagner et stimuler sa croissance. Avec les appareils de Bookeen, Sony, PocketBook ou encore l’iPad, les dispositifs de lecture sont pourtant déjà là pour offrir aux utilisateurs une expérience satisfaisante.

Seulement les éditeurs préfèrent pour le moment reproduire les mêmes erreurs que les majors de la musique et du cinéma, sans se soucier des conséquences sur le développement du marché du livre numérique, et surtout, semble-t-il, sans se rendre compte qu’ils sont en train de “dégouter” les early-adopters, ces mêmes “gros lecteurs”, acteurs indispensables dans l’adoption par le grand public de nouveaux usages.

DRM, prix trop élevés : le marché du livre numérique serait-il déjà mort-né faute de lui avoir procuré les moyens d’émerger ? En attendant l’arrivée d’une véritable offre légale en adéquation avec les attentes des consommateurs, le piratage a encore de beaux jours devant lui, au détriment du développement du chiffre d’affaire des éditeurs sur le créneau numérique.

Gardons espoir cependant : certains éditeurs montrent la voie à suivre : Publie.net, Numeriklivres, Bélial, Bragelonne…Des livres sans DRM à prix abordable avec des fichiers ePub de qualité plus faciles à se procurer en achetant qu’en piratant. A force de persévérer, nous finirons bien par être écoutés…en espérant que ce ne soit pas trop tard pour les autres…

Le SNE veut rejoindre Hadopi


Il risque d’y avoir du nouveau sur sur le terrain de la lutte contre le piratage en 2011 en France. Alors que les films et la musique illégalement téléchargés sont aujourd’hui surveillés, les éditeurs de jeux vidéos mais aussi le SNE (Syndicat National de l’Edition) souhaiteraient que la surveillance du réseau soit étendue à leurs contenus. C’est par l’intermédiaire de la lettre professionnelle Edition Multimédia que cette nouvelle nous arrive, et elle montre une fois de plus la peur des éditeurs vis-à-vis des internautes. La mesure demandée par le SNE vise à ce que les contenus des éditeurs soient repérés sur les réseaux P2P (par la société TMG, qui dispose du monopole pour cette surveillance) et que les pirates passent sous le régime de la fameuse riposte graduée.

La position des éditeurs peut se comprendre. Contractuellement, ils sont tenus de faire respecter les droits de leurs auteurs et cela passe bien entendu par une lutte contre le piratage. Cependant, l’essor récent du piratage de textes peut être attribué à deux choses : le succès des dispositifs de lecture (iPad et consorts) mais aussi l’inadéquation de l’offre de contenus actuellement proposée par les éditeurs.

Aujourd’hui, l’offre de piratage est encore dispersée. Les éditeurs gagnerait à déployer des offres légales solides (prix abordables et absence de DRM) plutôt que de se lancer dans le jeu du chat et de la souris qui risque de se révéler infructueux, notamment en raison des faiblesses de l’Hadopi dont la surveillance concerne uniquement les réseaux P2P, oubliant les sites de direct download avec un trafic qui ne cesse de croître. Cette chasse n’est pas soutenable à long terme, il faut se rappeler que si certains téléchargent “illégalement”, c’est qu’ils cherchent quelque chose à lire, et un contenu souvent indisponible en numérique.

Source : Numerama