Dans un entretien accordé à Télérama, le célèbre essayiste, romancier et sémiologue italien, Umberto Eco, revient sur la notion de livre à l’heure d’Internet.

Pour lui le livre papier est irremplaçable, car il possède des qualités intrinsèques qui lui assurent une longévité sans commune mesure avec les livres électroniques. Ces derniers ne cherchent d’ailleurs pas à réinventer le principe du livre, mais bel et bien la façon de l’utiliser, en adéquation avec les innovations techniques de notre époque, afin de proposer une solution viable à l’accumulation et l’encombrement des livres, au poids des cartables, ou encore à l’utilisation temporaire de manuels scolaires.

Le fait est que le livre ne peut disparaître, il est la clé de voute sur laquelle reposent les textes numériques. Umberto Eco indique également qu’Internet n’est pas néfaste pour le livre dans le mesure où l’”homo-interneticus” lit davantage grâce à la curiosité créée par le web.

Néanmoins Umberto Eco estime que l’accès immédiat à une multitude d’informations est à la fois la richesse et la faiblesse d’Internet dans le sens où il devient plus difficile de distinguer l’erreur de la vérité . Le romancier italien met donc en garde les internautes face aux dangers qu’ils encourent à se façonner individuellement une base de connaissances plutôt que de chercher à partager, débattre leurs opinions.

Voici quelques passages-clés de l’interview

“L’e-book, sur lequel le feuilletage est possible, a beau se présenter comme une nouveauté, il cherche à imiter le livre. Dans une certaine mesure seulement, puisque, sur un point au moins, il ne peut l’égaler : le livre de papier est autonome, alors que l’e-book est un outil dépendant, ne serait-ce que de l’électricité.”

“Le livre, c’est une invention aussi indépassable que la roue, le marteau ou la cuiller.”

“L’e-book peut éliminer certains genres de livres ou de documents : les quarante volumes d’encyclopédie qui nécessitaient une pièce de plus dans les appartements, c’est sûrement terminé… Il fera disparaître les scolioses de nos enfants qui traînent sur leur dos des kilos de manuels scolaires. Ils auront Molière, la grammaire, sur leur ordinateur portable. Mais rien n’éliminera l’amour du livre en soi.”

“La photographie a changé l’inspiration des peintres, mais elle n’a pas tué la peinture, ni la télévision le cinéma. Pourquoi voudriez-vous que le livre disparaisse face au texte numérique ? Les gens aiment bien se faire peur aujourd’hui en imaginant des catastrophes radicales. Ils ont envie d’un peu de scandale !”

“L’homme d’Internet est un homme de Gutenberg parce qu’il est obligé de lire, énormément. Selon moi, Internet encourage la lecture de livres parce qu’il augmente la curiosité.”

“Le web offre le vertige le plus affolant, le plus dramatique. C’est la différence entre le doux vertige que donnent deux verres de whisky et celui que procurent deux bouteilles de whisky. Le Web, c’est le coma éthylique assuré ! On l’appelle la Toile, et c’en est une. Toile d’araignée et labyrinthe.”

“Internet est le scandale d’une mémoire sans filtrage, où l’on ne distingue plus l’erreur de la vérité. Au final, cela produit aussi un effacement de la mémoire. La culture est une chose qui se partage, se discute. Ce qu’on peut appeler « la communauté » arrive jusqu’ici à débattre, à négocier et à se mettre d’accord pour laisser tomber certaines oeuvres, certaines idées scientifiques, au profit d’autres.”

Pour retrouver l’intégralité de l’interview, c’est par ici.