Même s’il s’est déjà vendu plusieurs milliers de Kindle en France en quelques semaines, les ventes d’ebooks décollent doucement. L’offre d’ebooks, de plus de 825 000 titres dont 35 000 en langue française, est de taille et les derniers bestsellers sont disponibles à la vente. Cependant, si l’on ne veut pas acheter l’une des dernières nouveautés ni acquérir l’une des meilleures ventes (les deux points d’entrée accessible au nouvel utilisateur dans le catalogue d’Amazon), on se perd rapidement dans les fiches produits. En plus d’être nombreuses, il s’avère qu’elles sont confuses.
Prenons l’exemple de la pièce de théâtre de Corneille, Horace. En effectuant une recherche sur Amazon.fr, le visiteur tombe sur plusieurs éditions, dont celle de Garnier-Flammarion. La fiche produit se présente comme ci-dessous.

Si l’encadré en dessous de la couverture indique qu’il n’existe pas de version numérique à ce titre, la présence d’une mention « Kindle Edition » prête à confusion. Une confusion d’autant plus grande lorsque le potentiel vient cliquer sur ce lien pour tomber sur la page de la version numérique de l’édition Larousse de la pièce de Corneille.

Si l’on peut penser que l’absence de version numérique de l’édition Garnier-Flammarion est un choix qui tient de la volonté de l’éditeur, Amazon ne devrait pas les mettre en parallèle avec une édition numérique d’une maison concurrente. Est-ce que les deux éditions se valent en terme de contenu ? Les commentateurs ne sont pas les mêmes et parfois, la version du texte diffère. Si le client se perd rapidement, les éditeurs ne vont pas apprécier de retrouver les ouvrages de leurs concurrents partageant la fiche produit de leur titre.

Cette situation ne se limite pas à ce titre, mais touche une grande partie des textes issus du domaine public. Le cas de l’oeuvre de Machiavel, Le Prince, est flagrant. Alors qu’en papier quatre éditions papier sont proposées (un grand format et trois de poche), la version numérique n’a rien à voir avec les titres des éditeurs. Il s’agit d’une version numérique vendue par MacMay
, un éditeur numérique spécialisé dans la vente d’ebooks du domaine public (mais qui ont peu de choses en plus par rapport aux versions gratuites).
Est-ce que ces confusions sont délibérées pour rédiriger facilement le client vers un autre produit ou bien s’agit-il d’un manque de rodage de la librairie française ?










12 commentaires
Hubert Guillaud dit:
17 Nov 2011
On pourrait aller bien plus loin dans cette critique ! La pauvreté des métadonnées associées aux titres (papiers comme numériques), empêche de voir la différence entre les différents titres d’une même oeuvre. Bien souvent, il n’y a que le prix qui les départagent. Dans la fiche que tu pointe, le texte de description de l’oeuvre est le même d’un titre à l’autre, quelque soit son éditeur ! Comme si l’édition d’Horace en GF était la même en Livre de poche ou dans l’édition Kindle !
A aucun endroit on nous donne de l’information sur la présence d’une édition critique ou pas (faite par qui ?), d’un appareil de notes, etc. A défaut, les éditeurs doivent se remettre à faire un gros effort sur les argumentaires qui sont le seul appareil qui accompagne bien souvent les titres (et pas tout le temps, comme on le voit dans cet exemple).
Amazon est une machine marketing, comme je le disais récemment. Ce comportement n’est pas étonnant d’eux. Par contre, il faut que les éditeurs comprennent que l’argumentaire devient de plus en plus central : pour le référencement, pour la différenciation. GF n’explique nul part sa différenciation (qui explique son prix). Dommage, dans un monde où seul le prix compte !
Clément Monjou dit:
17 Nov 2011
Tout à fait d’accord avec toi. Les incohérences ne se limitent pas qu’à celle que je relève. On peut aller beaucoup plus loin dans le décorticage et le repérage des soucis du Kindle Store français. Faut que je ménage mon serveur donc pas tout d’un coup !
En tout cas je ne manquerai pas d’y revenir.
Thibault Colot dit:
18 Nov 2011
On sent bien qu’au fond, pour Amazon, une édition X d’un texte est fondamentalement équivalente à une édition Y. Ca peut paraître hérétique mais je pense que ça s’inscrit dans leur logique et leur approche du produit “livre”. Il faudra composer avec. Ceci dit, Hubert a raison, on peut déjà faire beaucoup avec les argumentaires… mais cela demande de la réflexion, du travail et du temps. Et je n’ai pas l’impression que beaucoup d’éditeurs l’aient déjà tout à fait compris
Eric dit:
17 Nov 2011
Plaignez vous ! Moi j’ai choisi la planète ePub avec un Kobo Touch et je vous raconte pas les énormités que l’on peut trouver sur différents sites comme la Fnac.
André Cotte dit:
17 Nov 2011
Drôles d’exemples, ces titres sont sous domaine publique et peuvent probablement être trouvé ailleurs gratuitement.
Quand on tient à payer!
Raphaël AJ dit:
17 Nov 2011
Gratuitement, sans doute, avec commentaire associé, c’est moins sûr. Et je n’ai jamais lu Corneille, mais nul doute que j’aurais besoin de quelques éclairages sur le vocabulaire employé, éclairages que je trouverai plus facilement dans une version éditeur que dans une version domaine public.
Aliocha dit:
17 Nov 2011
J’ai déjà acheté pas mal de classiques du domaine public (parce qu’introuvables ailleurs) en numérique, et je n’ai jamais vu d’appareil critique, à la rigueur une courte et inintéressante préface.
Nobody dit:
18 Nov 2011
Comme André Cotte je trouve étonnant de vouloir payer pour du gratuit. Un don à Ebooks libres et gratuits serait un usage plus utile de votre argent même s’ils n’ont pas le talent des éditeurs professionnels pour ajouter des coquilles.
Fournier M-A dit:
17 Nov 2011
Un jour c’est sûr l’éditeur devra faire un choix entre canibalisation ou émulation concurrentielle. L’approche quantitative d’Amazon ne peut satisfaire des éditeurs à forte valeur ajoutée. Idem pour Apple ou Google.
BS² dit:
17 Nov 2011
La structuration d’un catalogue demande du temps et des moyens importants. J’ai mis 5 ans pour constituer, enrichir et scénariser un catalogue de 25 000 notices. Quand je compare Bibliosurf et eBooksurf, je m’arrache les cheveux et me prépare à tourner la page.
Virgile dit:
20 Nov 2011
Etrange car si je tape Corneille Horace dans la boutique Kindle, l’édition GF apparaît disponible… Après qu’il y ait des erreurs de pointage dans le catalogue, c’est déjà le cas pour le référencement papier donc… Je pense qu’ Amazon France est en rodage. Pour le débat gratuit / payant, le métier d’éditeur est d’ajouter du contenu et de la fiabilité. Lire par ex. Machiavel en edition libre c’est lire une traduction du 19ème qui a toutes les chances d’être fautive; payer un éditeur, qu’il soit numérique ou non, c’est avoir la garantie d’une traduction académique avec un appareil critique fait par un universitaire permettant une meilleure compréhension de l’oeuvre. Donc félicitons plutôt Flammarion de commencer à mettre à disposition son catalogue poche à un prix raisonnable (2,99 e) !
Amazon.fr : quand Larousse vaut bien Flammarion | Carnet de notes dit:
21 Nov 2011
[...] vraies réussites tant techniques que commerciales), mais là … Il y a un vrai problème de politique propre à tromper le consommateur dans ce qu’il va comprendre, et à remettre en cause le principe du prix [...]